Une victoire en fin de match, c’est comme un remède contre tous les maux : l’impact de la batte, l’attente fébrile du résultat, puis l’explosion de joie de la foule. Ce frisson, cette étincelle d’espoir qui vous pousse à croire en l’impossible. Alors, imaginer deux victoires en une seule journée ? C’est de la folie. De l’irresponsabilité. Une utopie trop belle pour être vraie.
Pourtant, c’est exactement ce qui s’est produit jeudi, lors de ma quatrième visite au stade des Phillies cette saison. Avant ce match, j’avais assisté à trois défaites cuisantes : 13-2 contre les Nationals, 10-4 face aux Cubs, et un cinglant 9-0 face aux Braves. L’équipe était si faible que, la veille, lors d’un match des Flyers, les supporters les avaient hués. Une humiliation collective.
Je l’avoue sans fard : en me rendant au stade ce jour-là, j’avais secrètement espéré une victoire. Je sais mieux que quiconque qu’il ne faut pas placer son bien-être émotionnel entre les mains d’une équipe sportive, surtout pas les Phillies. Pourtant, certaines semaines, certaines années, on a tellement besoin d’une victoire – n’importe laquelle – que cette envie vous ronge comme une faim insatiable. L’équipe en avait elle aussi besoin : avec un bilan de 10 victoires pour 19 défaites, leur manager, pourtant apprécié, venait d’être limogé. Malgré l’évidence de leur médiocrité, j’ai franchi les portes du stade avec un espoir tenace. J’avais réservé cette journée depuis des semaines, et cette fois, j’étais optimiste. Peu de choses valent le plaisir d’échapper au travail pour une après-midi au stade de baseball.