Un groupe séparatiste de l'Alberta, province canadienne riche en ressources pétrolières située au nord du Montana, a déposé lundi plus de 300 000 signatures en faveur d'un référendum sur la sortie du Canada. Ce chiffre représente près du double du nombre nécessaire pour déclencher un vote légal.
Selon des rapports récents, au moins un quart de la population albertaine serait prêt à voter pour l'indépendance. Bien que le mouvement doive encore surmonter des obstacles majeurs, sa popularité croissante révèle des fractures profondes dans l'ordre constitutionnel canadien : différences culturelles, griefs économiques et sous-représentation politique des provinces de l'Ouest.
Un précédent québécois
L'Alberta n'a jamais officiellement engagé la procédure de sécession, contrairement au Québec, qui a organisé deux référendums sur le sujet. Le dernier, en 1995, a vu le camp du « non » l'emporter de justesse avec 50,58 % des voix. La Cour suprême du Canada avait alors rendu un avis stipulant que, si une majorité claire se dégageait en faveur de la sécession, les autres provinces et le gouvernement fédéral n'auraient pas de base légale pour s'y opposer, à condition que le Québec respecte les droits des autres.
« Les autres provinces et le gouvernement fédéral n'auraient aucun fondement pour refuser le droit au gouvernement du Québec de poursuivre la sécession si une majorité claire de sa population le souhaite, à condition de respecter les droits des autres. »
Cet avis juridique pourrait servir de base à l'Alberta pour justifier sa propre séparation. Cependant, certains groupes autochtones contestent cette possibilité, arguant que la sécession violerait leurs droits collectifs, garantis par les traités et la Charte canadienne des droits et libertés. Une décision défavorable risquerait d'alimenter le sentiment d'injustice à l'origine du mouvement souverainiste albertain.
Des valeurs et une économie divergentes
Le mouvement souverainiste albertain, baptisé « Alberta Sovereignty », trouve ses racines dans un sentiment de déconnexion entre les valeurs et les aspirations des provinces conservatrices et économiquement dynamiques de l'Ouest, comme l'Alberta, et celles des provinces de l'Est, moins prospères mais politiquement dominantes, notamment le Québec.
L'histoire des premiers colons de l'Alberta éclaire cette divergence. Contrairement aux francophones et monarchistes de l'Est, les Albertains ont des origines culturelles distinctes. Les premiers migrants, Mormons, Allemands, Ukrainiens et autres Européens de l'Est, sont souvent venus des États-Unis plutôt que des régions déjà établies du Canada. Ils étaient des aspirants américains qui, après avoir franchi les longues routes depuis Ellis Island jusqu'aux montagnes Rocheuses, ont cherché de nouvelles opportunités au nord, où les terres étaient moins chères et plus accessibles.
Ces différences culturelles persistent, notamment dans les tendances politiques conservatrices de la province. Par exemple, en 2024, l'animateur Tucker Carlson a organisé une tournée à guichets fermés en Alberta, avec des billets à 200 CAD (147 USD) pour des événements aux côtés du premier ministre provincial. L'Alberta est également imprégnée de la culture de l'Ouest sauvage, symbolisée par le Calgary Stampede, le plus grand rodéo en plein air au monde.
Ces divergences culturelles s'ajoutent à la position économique unique de l'Alberta au sein du Canada. Sous ses paysages emblématiques se cachent des ressources naturelles abondantes, dont le pétrole, qui ont façonné son identité et son économie. Pourtant, malgré sa richesse, la province se sent marginalisée par les politiques fédérales, perçues comme défavorables à ses intérêts.