L’intelligence artificielle (IA) et l’automatisation transforment rapidement le marché du travail, suscitant des craintes croissantes quant à la disparition de nombreux emplois. Face à ce défi moderne, une solution ancienne refait surface : l’actionnariat salarié. Cette approche, qui consiste à donner aux employés une part de propriété dans leur entreprise, pourrait bien être la clé pour atténuer les effets dévastateurs de l’IA sur l’emploi.

Une idée ancienne pour un problème actuel

Alanna McCargo, Senior Fellow pour le capitalisme inclusif à la Clinton Foundation, défend cette solution dans le cadre de son travail sur l’inclusion économique. Selon elle, l’actionnariat salarié n’est pas une innovation récente, mais une pratique qui remonte à des siècles. Pourtant, elle pourrait offrir une réponse concrète aux bouleversements causés par l’IA et l’automatisation.

« Les travailleurs sont les premiers concernés par les transformations du marché du travail, explique McCargo. Leur donner une part de propriété dans leur entreprise leur permet de bénéficier directement des gains de productivité et de stabiliser leur revenu, même dans un contexte d’automatisation croissante. »

Comment l’actionnariat salarié fonctionne-t-il ?

L’actionnariat salarié se décline sous plusieurs formes, mais son principe reste le même : les employés deviennent actionnaires de leur entreprise. Voici les modèles les plus répandus :

  • Les Employee Stock Ownership Plans (ESOP) : Les employés reçoivent des actions de l’entreprise, souvent financées par l’entreprise elle-même ou via des prêts avantageux.
  • Les coopératives de travailleurs : Les employés sont à la fois propriétaires et gestionnaires de l’entreprise.
  • Les programmes d’achat d’actions : Les employés peuvent acheter des actions de leur entreprise à prix réduit.

Ces modèles permettent aux travailleurs de participer aux bénéfices et de contribuer aux décisions stratégiques, tout en renforçant leur engagement envers l’entreprise.

Un rempart contre l’automatisation ?

Selon une étude récente de la Rutgers School of Management and Labor Relations, les entreprises adoptant l’actionnariat salarié affichent une meilleure résilience face aux crises économiques et une productivité accrue. En période d’automatisation, ces structures pourraient offrir une sécurité supplémentaire aux employés, en leur permettant de conserver une partie des gains générés par les nouvelles technologies.

McCargo souligne également que cette approche favorise l’équité économique. « Les travailleurs ne sont plus de simples exécutants, mais des partenaires à part entière dans la réussite de l’entreprise. Cela réduit les inégalités et renforce la cohésion sociale », précise-t-elle.

Des exemples concrets

Plusieurs entreprises à travers le monde ont déjà adopté l’actionnariat salarié avec succès. Par exemple :

  • Publix Super Markets (États-Unis) : Cette chaîne de supermarchés est entièrement détenue par ses employés, qui bénéficient de salaires compétitifs et d’avantages sociaux étendus.
  • Mondragon Corporation (Espagne) : Ce géant coopératif emploie plus de 80 000 personnes et fonctionne selon un modèle où les travailleurs sont aussi propriétaires.
  • John Lewis Partnership (Royaume-Uni) : Ce groupe de distribution est détenu par ses employés, qui reçoivent une part des bénéfices chaque année.

Ces exemples montrent que l’actionnariat salarié n’est pas une utopie, mais une réalité viable, même dans des secteurs traditionnels.

Les défis à relever

Malgré ses avantages, l’actionnariat salarié n’est pas sans obstacles. Les entreprises doivent surmonter plusieurs défis pour l’adopter :

  • Le financement : Mettre en place un plan d’actionnariat salarié peut représenter un coût initial important pour les entreprises.
  • La gouvernance : Les employés doivent être formés pour assumer des responsabilités de gestion, ce qui nécessite des investissements en formation.
  • La culture d’entreprise : Transformer une hiérarchie traditionnelle en un modèle participatif demande du temps et un changement de mentalité.

Cependant, comme le souligne McCargo, les bénéfices à long terme – en termes de stabilité, d’engagement et de performance – justifient largement ces efforts.

Un appel à l’action

Face à la montée de l’IA et à ses conséquences sur l’emploi, l’actionnariat salarié pourrait bien devenir une solution incontournable. McCargo et d’autres experts appellent les gouvernements, les entreprises et les travailleurs à explorer cette piste pour construire un avenir plus équitable et résilient.

« L’actionnariat salarié n’est pas une solution miracle, mais une pièce essentielle du puzzle pour un capitalisme plus inclusif. En donnant aux travailleurs les moyens de devenir des acteurs économiques à part entière, nous pouvons atténuer les effets négatifs de l’automatisation et bâtir une économie plus juste. »
— Alanna McCargo, Senior Fellow pour le capitalisme inclusif à la Clinton Foundation

Pour en savoir plus sur ce sujet, écoutez l’épisode complet de « How to Fix It with John Avlon », disponible sur toutes les plateformes de podcasts et sur YouTube. De nouveaux épisodes sont publiés chaque week-end.

Source : The Bulwark