Qui n’a jamais sursauté en apprenant la disparition d’une célébrité, pour réaliser ensuite qu’elle nous avait quittés depuis bien longtemps ? La semaine dernière, c’est une entreprise qui a connu ce sort : Ask.com, autrefois célèbre sous le nom d’Ask Jeeves. Ce site, autrefois incontournable, a définitivement fermé ses portes le 1er mai 2024, après plus de 15 ans d’absence dans l’actualité.
La dernière fois qu’Ask.com avait fait parler de lui avant cette annonce, c’était en novembre 2010. À l’époque, son propriétaire, le groupe IAC, avait transformé le moteur de recherche en une plateforme de questions-réponses générées par les utilisateurs. Entre-temps, le site était devenu un portail de contenu obsolète, affichant des titres comme « 10 meilleurs documentaires de 2022 – pour l’instant » alors que nous étions en 2024. Autrement dit, Ask.com avait depuis longtemps perdu toute pertinence.
Pourtant, sa fermeture a suscité une vague de nostalgie. Les médias et les internautes se sont remémorés ses débuts, son nom original et son célèbre majordome dessiné, Jeeves. Cette affection résiduelle rappelle qu’Ask Jeeves avait, un temps, incarné l’avenir de la recherche en ligne. Mais au lieu de capitaliser sur son innovation, l’entreprise a progressivement abandonné son ambition initiale.
Les débuts prometteurs d’Ask Jeeves
Lancé en 1997, Ask Jeeves est né à une époque où le web explosait littéralement. Face à l’essor des moteurs de recherche comme Yahoo! et AltaVista, une multitude de startups ont émergé pour tenter d’organiser cette masse d’informations. Parmi elles, Excite, Lycos, HotBot, LookSmart, Northern Light ou encore WebCrawler. À l’époque, l’interface d’Ask Jeeves ressemblait à une page GeoCities créée par un collégien.
Pendant ce temps, deux étudiants de Stanford, Larry Page et Sergey Brin, travaillaient sur un algorithme de recherche révolutionnaire. Leur projet, Google, a été lancé en 1998. Dès 2001, ses résultats se sont avérés bien supérieurs à ceux de ses concurrents. En 2003, Google a dépassé Yahoo! et est devenu le leader incontesté du marché. Dès lors, aucun autre acteur n’a pu rivaliser avec sa domination écrasante, qui a atteint plus de 90 % de parts de marché.
Une tentative de rattrapage ratée
En 2001, Ask Jeeves a tenté de se repositionner en rachetant Teoma, une startup spécialisée dans le classement des résultats. Son algorithme de pertinence était considéré comme une alternative crédible à PageRank, la technologie de Google. À l’époque, personne ne pouvait prédire que Google deviendrait incontournable. Pourtant, malgré cette initiative, Ask Jeeves n’a jamais réussi à combler son retard.
En 2005, le groupe IAC a racheté Ask Jeeves pour 2 milliards de dollars. Rapidement, le « Jeeves » a disparu du nom de l’entreprise, qui est devenue Ask.com. Pourtant, même sous cette nouvelle identité, le site n’a jamais su se réinventer efficacement. Son interface, centrée sur un majordome dessiné, contrastait avec la simplicité épurée de Google. Malgré quelques efforts, Ask.com est resté un acteur marginal, incapable de concurrencer le géant californien.
Pourquoi Ask Jeeves n’a pas survécu ?
Plusieurs facteurs expliquent l’échec d’Ask Jeeves. D’abord, son algorithme n’a jamais atteint la précision de celui de Google. Ensuite, l’entreprise a multiplié les changements stratégiques, passant d’un moteur de recherche généraliste à une plateforme de Q&A, puis à un portail de contenu obsolète. Enfin, son manque d’innovation et son incapacité à s’adapter aux évolutions du web ont scellé son destin.
Ironiquement, Ask Jeeves a été l’un des premiers à populariser l’idée d’une recherche en ligne intuitive, avec son interface conviviale et son personnage emblématique. Pourtant, c’est précisément ce qui l’a desservi : une identité trop marquée par son époque, incapable de se réinventer pour les générations suivantes.
« Ask Jeeves a été un pionnier, mais il n’a pas su évoluer avec son temps. Son histoire rappelle que même les innovations les plus prometteuses peuvent disparaître si elles ne s’adaptent pas. »
Avec la fermeture d’Ask.com, c’est une page de l’histoire d’Internet qui se tourne. Bien que le site n’ait plus joué aucun rôle significatif depuis des années, son héritage reste celui d’un rêve technologique qui n’a pas su tenir ses promesses.