La médecine reproductive franchit une nouvelle étape : après avoir choisi son partenaire, certains parents peuvent désormais sélectionner les gènes de leur enfant. Grâce à des startups spécialisées comme Orchid et Nucleus, il est possible d’analyser le génome des embryons issus de fécondation in vitro (FIV) pour écarter ceux porteurs de maladies héréditaires ou pour privilégier ceux présentant des caractéristiques génétiques jugées avantageuses.
Les partisans de cette technologie, appelée dépistage génétique préimplantatoire (DPI) polygéniques, mettent en avant ses bénéfices. Selon eux, elle permettrait de réduire les risques de maladies graves comme la mucoviscidose, la drépanocytose ou certains cancers héréditaires. « Cela donne à nos enfants les meilleures chances de vivre en bonne santé », affirme un parent ayant eu recours à cette méthode.
Pourtant, cette avancée suscite une vive controverse. Certains scientifiques qualifient ces pratiques de « poudre de perlimpinpin moderne », remettant en cause leur efficacité et leur légitimité. D’autres, en revanche, appellent à un débat sociétal urgent sur les dérives potentielles de ces technologies, évoquant le risque de glisser vers une ère de « bébés sur mesure ».
Parmi les critiques, on retrouve notamment le bioéthicien Jonathan Anomaly, qui souligne que la sélection génétique pourrait accentuer les inégalités sociales. « Si seuls les plus aisés peuvent se permettre d’améliorer leur descendance, cela creusera encore davantage les écarts entre les classes sociales », explique-t-il.
Les défenseurs de ces techniques, comme le généticien Stephen Hsu, estiment au contraire que ces innovations pourraient contribuer à éradiquer certaines maladies et à améliorer globalement la santé publique. « Nous avons la possibilité de réduire la souffrance humaine à grande échelle », déclare-t-il.
Face à ces enjeux, les régulateurs peinent à suivre le rythme. Aux États-Unis, où ces startups opèrent, aucune loi fédérale ne régit spécifiquement le DPI polygéniques. Certains États, comme la Californie, ont adopté des cadres légaux plus permissifs, tandis que d’autres, comme l’Allemagne, interdisent toute forme de sélection génétique non thérapeutique.
En France, la loi bioéthique de 2021 autorise le DPI uniquement pour éviter la transmission de maladies graves, mais interdit toute sélection basée sur des critères non médicaux. « Nous devons rester vigilants pour éviter une dérive eugéniste », a déclaré la ministre de la Santé, Agnès Firmin-Le Bodo, lors d’un débat parlementaire.
Alors que les technologies évoluent à un rythme effréné, la question se pose : jusqu’où la société est-elle prête à aller dans la modification du vivant ? Entre espoir de santé et craintes d’un eugénisme déguisé, le débat est loin d’être clos.