Le leader du parti britannique d’extrême droite Reform UK, Nigel Farage, a collecté des millions de livres sterling auprès de donateurs liés aux cryptomonnaies, dont un individu condamné pour fraude financière aux États-Unis. Malgré ses dénégations, des questions persistent quant au respect des règles par son parti, qui réalise pourtant des avancées électorales significatives.

Cette situation soulève une problématique cruciale pour les partis progressistes, y compris aux États-Unis, où des sénateurs enquêtent sur les liens financiers entre le secrétaire au Commerce et la société Tether. Que se passe-t-il lorsque les révélations sur l’influence occulte ne suffisent pas à dissuader les électeurs ? Les défenseurs de la démocratie doivent exiger davantage de transparence, de contrôles renforcés et de restrictions sur les financements opaques pour empêcher l’argent sale de corrompre les institutions.

Il ne suffit pas de compter sur les journalistes et les militants pour mener des enquêtes ponctuelles, en espérant que les électeurs réagiront : des agences bien financées sont nécessaires pour éliminer l’argent illicite de nos systèmes politiques. L’histoire le prouve : les criminels accèdent trop souvent aux postes de pouvoir.

Cette urgence est d’autant plus criante que Tether, qui a réalisé plus d’un milliard de dollars de profits au premier trimestre, se prépare activement aux élections de mi-mandat, cherchant à influencer les candidats en faveur des cryptomonnaies. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Les progressistes, qui défendent une finance plus équitable et le droit des États à réguler leur économie, ne disposent pas des mêmes moyens pour peser sur les scrutins. Ils doivent donc plaider avec force pour un encadrement strict du financement des campagnes.

Un autre aspect mérite d’être souligné. En préparant un article sur le blanchiment d’argent, j’ai échangé avec deux enquêteurs britanniques la semaine dernière. Ils ont mené une opération réussie dans leur ville (l’article sera publié prochainement). Je leur ai demandé s’ils pensaient que leur travail avait eu un impact durable. « Avec chaque crime, on en élimine un, mais un autre apparaît », a répondu l’un d’eux. « J’aimerais croire que cela a fait une différence, mais il y en aura toujours d’autres. »

Dans l’affaire qu’ils ont traitée, des réseaux criminels blanchissaient des fonds issus du trafic de cocaïne via les cryptomonnaies (le choix de la devise ne surprendra personne). Les enquêteurs ont identifié un chiffre d’affaires de 53 millions de livres sterling sur deux ans. Si l’arrestation des principaux responsables est une victoire, elle reste symbolique : ce montant ne représente que 0,25 % du marché britannique de la cocaïne. Les trafiquants n’auront même pas remarqué cette perte. Pour la police, en revanche, l’enquête a duré cinq ans.

Depuis la première opération américaine à Miami en 1980, la lutte contre l’argent sale a souvent été associée à la lutte contre les cartels de la cocaïne, en visant à priver ces réseaux de leurs profits. Pourtant, malgré des succès ponctuels comme celui que je décris, cette approche reste insuffisante.

Source : Coda Story