WASHINGTON, D.C. — Le mouvement anti-avortement américain traverse une période de profonde frustration. Malgré des victoires majeures, comme l'annulation de l'arrêt Roe v. Wade en 2022, les militants estiment que leurs attentes n'ont pas été comblées sous l'administration Trump, qu'ils avaient pourtant largement soutenue.
Parmi leurs griefs : l'absence de législation fédérale restrictive et la poursuite de politiques permissives, comme l'autorisation de l'avortement par télémedecine et la commercialisation de versions génériques de la pilule abortive mifepristone. Les avortements aux États-Unis n'ont pas diminué depuis l'abrogation de Roe v. Wade, selon les dernières données disponibles.
Une stratégie nationale en échec
Marjorie Dannenfelser, présidente de l'organisation Susan B. Anthony Pro-Life America, a mis en garde lors d'un gala en avril 2024 : « Si le Parti républicain adopte pleinement la stratégie de cette administration, qui limite l'action fédérale, le mouvement anti-avortement tel que nous le connaissons disparaîtra. »
Les militants espéraient une interdiction nationale de l'avortement après l'arrêt Dobbs de 2022, qui a renvoyé la question aux États. Pourtant, l'administration Trump a privilégié une approche décentralisée, laissant chaque État fixer ses propres règles. Cette position a provoqué une crise de confiance au sein du mouvement.
Un désalignement politique inquiétant
Donald Trump, qui se présente comme le président « le plus pro-vie de l'histoire », a pourtant maintenu des politiques héritées de l'ère Biden. Parmi elles :
- L'autorisation de l'avortement par correspondance via des services de télémedecine.
- La validation de la pilule abortive mifepristone en version générique.
- Le maintien des réglementations facilitant l'accès aux médicaments abortifs sans consultation en personne.
Pour les militants, ces décisions équivalent à une trahison. « Trump nous a tenus à distance », a déclaré Philip Wegmann, journaliste au Wall Street Journal et auteur d'un récent article sur ce sujet. « Non seulement il refuse une interdiction fédérale, mais il renforce les mesures permissives. »
Un mouvement divisé et en quête de solutions
Les groupes anti-avortement, qui avaient placé leurs espoirs dans une victoire judiciaire, se retrouvent aujourd'hui confrontés à une réalité complexe. Leur stratégie, basée sur une action fédérale, s'est heurtée à l'absence de volonté politique.
Certains envisagent désormais de recentrer leurs efforts sur les États, tandis que d'autres appellent à une mobilisation accrue pour influencer les élections de 2026. « Nous sommes à un moment charnière », a souligné Dannenfelser. « Sans une action fédérale forte, le mouvement perdra son élan. »