Charles Mauldin se souvient encore de la sensation de ses poumons en feu. Le 7 mars 1965, alors âgé de 17 ans, il marchait en tête des manifestants pour traverser le pont Edmund Pettus à Selma, en Alabama, lors de la journée historique devenue "Bloody Sunday".

Les forces de l’ordre, postées de l’autre côté du pont, ont ordonné à la foule de se disperser. Après quelques minutes, les policiers ont chargé, frappant les manifestants avec des matraques et lançant des bombes de gaz lacrymogène. Parmi eux, des adolescents comme Mauldin.

« Nous ne savions pas à quoi nous attendre », raconte-t-il. « J’avais peur. Il fallait se placer au-delà de la peur. »

Un témoin des droits civiques face à l’histoire qui se répète

Soixante et un ans plus tard, à 78 ans, Mauldin observe avec stupeur des images similaires : des enfants, cette fois victimes des agents fédéraux de l’immigration sous l’administration Trump. Une enquête récente révèle que 79 enfants ont été blessés physiquement par des gaz lacrymogènes ou du poivre de Cayenne lors d’opérations de déportation.

Parmi les victimes : un bébé de six mois qui a cessé de respirer brièvement, un garçon de 12 ans souffrant d’urticaire et un adolescent de 17 ans victime d’une crise d’asthme sévère. Certains étaient chez eux, d’autres dans leur voiture, quand les agents ont utilisé ces substances.

Une réglementation floue au cœur du problème

Contrairement à de nombreuses forces de police locales, les agents fédéraux ne sont pas soumis à des normes nationales strictes concernant l’usage du gaz lacrymogène ou du poivre de Cayenne. Cette absence de cadre laisse une marge de manœuvre dangereuse, comme le confirment les cas documentés.

« Voir des agents comme l’ICE traiter les gens comme nous l’avons été en 1965, c’est horrible », déclare Mauldin. « C’est traumatisant pour les enfants, et je commence seulement à réaliser à quel point cela me touche aussi. »

« J’avais peur. Il fallait se placer au-delà de la peur. » — Charles Mauldin

Mauldin, aujourd’hui figure des droits civiques, garde une photo de cette journée de 1965. On le voit, troisième rangée, au centre, regardant l’objectif. À ses côtés, John Lewis, futur icône des droits civiques et représentant au Congrès, figure en première rangée.

Source : ProPublica