WASHINGTON — Un an après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les leaders religieux conservateurs, autrefois alliés indéfectibles du président, voient leur influence s’effriter. Une récente enquête du Pew Research Center révèle que les Américains rejettent massivement leur vision d’une Amérique sous l’égide de la religion chrétienne.

Ce week-end, des centaines de pasteurs et responsables politiques se réunissent sur le National Mall pour un rassemblement organisé dans le cadre des célébrations Freedom 250, liées au 4 juillet. L’événement, soutenu par la Maison-Blanche, vise à « redédier » les États-Unis en tant que « nation sous Dieu ». Pourtant, cette initiative reflète davantage une stratégie de communication qu’un mouvement populaire.

Une alliance controversée entre religion et politique

Depuis 2025, l’administration Trump a renforcé les liens entre l’État et les milieux religieux conservateurs. Des figures comme Paula White, responsable du Bureau de la foi à la Maison-Blanche, multiplient les événements symboliques, mêlant prières et soutien inconditionnel au président. Pourtant, cette proximité soulève des questions éthiques et juridiques.

À l’intérieur des cercles du pouvoir, certains responsables, comme le secrétaire à la Défense, ont justifié les interventions militaires en Iran par une prétendue « bénédiction divine ». À l’extérieur, des pasteurs conservateurs poussent les limites de l’acceptable : statues dorées à l’effigie de Trump (sans comparaison avec le veau d’or biblique, selon eux), prières publiques où le président est comparé à Jésus, ou encore soutien inconditionnel malgré ses déclarations provocatrices.

Le rejet des idéaux de la droite religieuse

Contrairement aux espoirs des militants chrétiens nationalistes, le rapport du Pew Research Center montre que leur influence ne progresse pas. En réalité, 60 % des Américains estiment que la religion gagne trop d’influence dans la sphère publique, un chiffre en hausse de 19 points en deux ans. Pourtant, 55 % des citoyens continuent de voir l’organisation religieuse comme un facteur positif dans la société.

Le paradoxe est frappant : si les Américains reconnaissent le rôle bénéfique de la religion, ils rejettent fermement l’idée d’une Amérique gouvernée par des principes chrétiens. Une majorité écrasante (70 %) défend la séparation entre Église et État, héritée de Thomas Jefferson. « Les Américains veulent une religion présente, mais pas dominante », résume un analyste politique.

Une stratégie qui s’essouffle

Les initiatives comme le rassemblement de ce week-end peinent à convaincre. Malgré les efforts pour mobiliser les fidèles, les sondages indiquent que les idéaux de la droite religieuse – mariage traditionnel, opposition à l’avortement, rejet du mariage homosexuel – perdent du terrain. Les jeunes générations, en particulier, se détournent de cette vision rigoriste du christianisme.

« Les leaders religieux conservateurs ont cru que l’ère Trump leur offrirait une victoire définitive. Mais la réalité est tout autre : les Américains ne veulent pas d’une théocratie déguisée. »

— Expert en sociologie des religions, Université de Princeton

L’avenir incertain de la droite religieuse

Face à ce constat, certains pasteurs tentent de modérer leur discours, tandis que d’autres radicalisent leur position. Les divisions au sein du mouvement chrétien s’accentuent, entre ceux qui prônent une approche inclusive et ceux qui défendent un retour aux valeurs traditionnelles.

Pour l’instant, la stratégie de la droite religieuse semble en perte de vitesse. Les Américains, dans leur majorité, refusent de troquer la laïcité contre une Amérique sous influence divine. Une chose est sûre : l’alliance entre Trump et les milieux religieux conservateurs ne suffira pas à inverser cette tendance.

Source : Vox