Les élections américaines de 2026 voient émerger une tendance inattendue : des milliardaires se revendiquant progressistes séduisent une partie de la gauche, pourtant historiquement hostile à l'influence des grandes fortunes en politique. Parmi eux, Tom Steyer, candidat démocrate au poste de gouverneur de Californie, incarne cette dynamique.

Des milliardaires courtisés par la gauche

Tom Steyer, ancien gestionnaire de fonds spéculatifs, a investi plus de 132 millions de dollars de sa poche dans sa campagne californienne. Malgré les critiques sur l'origine de sa fortune, il a obtenu le soutien de groupes comme Our Revolution (fondé par d'anciens partisans de Bernie Sanders) et de la California Nurses Association, fervente défenseure d'un système de santé universel.

Plus surprenant encore, la section californienne des Democratic Socialists of America a salué Steyer comme « le candidat le plus progressiste parmi les options viables » pour le poste de gouverneur, allant jusqu'à décourager un vote protestataire plus à gauche.

D'autres milliardaires progressistes en lice

Tom Steyer n'est pas un cas isolé. JB Pritzker, gouverneur de l'Illinois et héritier de l'empire hôtelier Hyatt, a gagné en popularité auprès de certains progressistes grâce à ses réalisations en matière de politiques sociales. Son nom circule même pour une potentielle candidature à la présidence en 2028.

Ro Khanna, député démocrate de Californie et estimé à 232,7 millions de dollars de patrimoine net, est régulièrement cité comme un futur candidat à la Maison-Blanche dans la lignée de Bernie Sanders. Saikat Chakrabarti, ancien collaborateur de Sanders devenu riche grâce à son travail chez Stripe, brigue quant à lui un siège à la Chambre des représentants pour succéder à Nancy Pelosi.

Un paradoxe politique

Cette tendance soulève une question : comment des milliardaires, souvent associés à l'oligarchie financière, parviennent-ils à séduire une gauche en colère contre l'influence de l'argent en politique ?

Les défenseurs de ces candidats avancent plusieurs arguments. D'abord, leur engagement sur des causes progressistes – comme la santé universelle, la justice sociale ou la lutte contre les inégalités – serait plus authentique que celui des politiciens traditionnels. Ensuite, leur capacité à financer massivement leurs campagnes permettrait de contourner les lobbies et les donateurs traditionnels, perçus comme corrompus.

« Ces milliardaires offrent une alternative aux candidats soutenus par les grandes entreprises. Leur engagement financier massif peut être perçu comme une forme de résistance à l'oligarchie. »
Analyste politique, The Nation

Un héritage historique, une rupture actuelle

L'idée d'un milliardaire progressiste n'est pas nouvelle. Franklin D. Roosevelt, issu d'une des familles les plus influentes des États-Unis, a marqué l'histoire avec le New Deal. Pourtant, l'ère post-Citizens United a exacerbé les craintes d'une capture du système politique par les ultra-riches.

Les rassemblements « Fighting Oligarchy », portés par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, illustrent cette défiance. Pourtant, des figures comme Steyer ou Pritzker semblent prouver que l'argent peut, dans certains cas, servir des causes progressistes.

Les limites de cette stratégie

Malgré ces succès relatifs, des critiques persistent. Certains activistes dénoncent une récupération de la cause progressiste par des milliardaires en quête de légitimité. D'autres soulignent que leur richesse même reste un symbole des inégalités qu'ils prétendent combattre.

« On ne peut pas combattre le capitalisme avec des capitaux », résume un militant anonyme de la gauche radicale.

Source : Vox