WASHINGTON — La Cour suprême des États-Unis s’est montrée profondément divisée lundi sur la question de savoir si elle devait bloquer des milliers de plaintes accusant Bayer, propriétaire de Monsanto, de ne pas avoir averti les utilisateurs des risques cancérigènes liés au Roundup.

Cette affaire a été portée devant les neuf juges après une avalanche de litiges aux États-Unis, incluant des condamnations à plusieurs milliards de dollars contre le géant agrochimique. Ces verdicts ont déjà coûté des milliards à Bayer, qui a racheté Monsanto en 2018.

Les plaignants, principalement des agriculteurs et des jardiniers, affirment que l’exposition prolongée au glyphosate, l’ingrédient actif du Roundup, a provoqué chez eux des cancers, notamment des lymphomes non hodgkiniens. Ils reprochent à Monsanto de ne pas avoir suffisamment informé sur ces risques, malgré des décennies d’utilisation du produit.

Les avocats de Bayer ont plaidé devant la Cour que les poursuites devraient être bloquées, arguant que la réglementation fédérale sur les pesticides, supervisée par l’EPA, préemptait les lois étatiques en matière d’avertissements sanitaires. Ils ont également souligné que l’EPA avait conclu à plusieurs reprises que le glyphosate ne présentait pas de danger cancérigène avéré pour l’homme.

À l’inverse, les avocats des plaignants ont insisté sur le fait que les décisions de l’EPA ne devaient pas empêcher les États de légiférer plus strictement. Ils ont cité des études scientifiques indépendantes, dont certaines financées par des organismes publics, qui établissent un lien entre le glyphosate et certains cancers.

« Les régulateurs fédéraux ne peuvent pas se substituer aux lois étatiques pour protéger la santé publique », a déclaré l’un des avocats des victimes.

Les juges de la Cour suprême ont semblé partagés lors des débats. Certains ont exprimé des réserves quant à la possibilité pour les États d’imposer des avertissements différents de ceux de l’EPA, tandis que d’autres ont souligné l’importance de laisser les victimes obtenir réparation. La décision, attendue d’ici juin 2025, pourrait avoir des répercussions majeures sur l’industrie agrochimique et les milliers de plaintes en attente.

Cette affaire intervient alors que Bayer tente de stabiliser sa situation financière, déjà fragilisée par les coûts élevés des règlements passés et les dépenses liées à la gestion des litiges en cours. En 2020, la société avait accepté un accord à 10,9 milliards de dollars pour régler environ 95 000 plaintes, sans pour autant reconnaître la responsabilité du Roundup dans les cas de cancer.

Source : STAT News