La Cour suprême des États-Unis, dominée par une majorité conservatrice, vient de porter un nouveau coup aux droits civiques en invalidant une partie clé du Voting Rights Act. Dans sa décision rendue mercredi dans l’affaire Louisiana v. Callais, la haute juridiction a supprimé la section 2 de cette loi historique, ouvrant ainsi la voie à des pratiques de découpage électoral raciste.

Selon les juges, lutter contre le racisme en matière électorale serait désormais considéré comme une discrimination inversée. Une logique qui, selon les observateurs, défie non seulement l’histoire du Voting Rights Act, mais aussi les principes fondamentaux des États-Unis et même les mathématiques.

Prenons l’exemple de la Louisiane : un État où 30 % de la population est noire, répartie en six circonscriptions électorales. Actuellement, deux de ces circonscriptions sont à majorité noire, soit environ 33 % des districts. Une proportion qui reflète la démographie locale. Pourtant, la Cour suprême a jugé que cette répartition constituait une forme de discrimination, justifiant ainsi son invalidation de la section 2.

Cette décision marque un recul historique pour les droits civiques aux États-Unis. Le Voting Rights Act, adopté en 1965 pour mettre fin aux pratiques discriminatoires dans l’accès au vote, avait permis de protéger des millions de citoyens, notamment dans les États du Sud où la ségrégation était encore en vigueur. En sapant cette loi, la Cour suprême affaiblit un rempart essentiel contre les manipulations électorales à caractère racial.

Les défenseurs des droits civiques dénoncent une instrumentalisation du concept d’égalité pour justifier des reculs majeurs. « La Cour a transformé la lutte contre le racisme en une arme contre les minorités », a réagi un militant des droits de l’homme. « Cette décision envoie un signal dangereux : elle légitime les tentatives de réduire l’influence politique des communautés noires sous couvert de neutralité. »

Les conséquences de cette décision pourraient être lourdes. Les États conservateurs, déjà connus pour leurs tentatives de restreindre l’accès au vote des minorités, disposeront désormais d’un blanc-seing juridique pour redessiner les cartes électorales à leur guise. Une aubaine pour les partisans du gerrymandering raciste, qui pourront ainsi marginaliser les électeurs noirs ou hispaniques en les concentrant dans un nombre réduit de circonscriptions.

Cette affaire s’inscrit dans une série de décisions récentes de la Cour suprême qui remettent en cause les avancées en matière de droits civiques. Après avoir affaibli les recours contre les discriminations raciales dans l’emploi et l’éducation, la haute juridiction semble désormais s’attaquer aux mécanismes mêmes qui protègent le droit de vote des minorités.

Source : The Verge