Les Émirats arabes unis (EAU) ont annoncé mardi leur retrait d’OPEP et d’OPEP+ à compter du 1er mai 2024. Cette décision prive le cartel pétrolier d’un de ses plus grands producteurs, tout en affaiblissant davantage son influence sur les approvisionnements et les prix mondiaux du pétrole.
Le désaccord entre les EAU et OPEP remonte à plusieurs années. Les Émirats ont régulièrement contesté les quotas de production imposés par le cartel, les jugeant trop restrictifs pour leur capacité d’exportation. Malgré des investissements massifs dans l’expansion de leur production énergétique, les EAU n’ont pas pu atteindre leur plein potentiel en raison de ces limitations.
« Les liens qui unissent les membres d’OPEP se sont desserrés », a souligné Capital Economics dans une analyse. Cette situation s’est aggravée après le retrait du Qatar en 2019. Les tensions régionales jouent également un rôle clé : les relations entre les EAU et l’Arabie saoudite, premier producteur d’OPEP, se sont dégradées en raison de divergences politiques et économiques au Moyen-Orient, malgré des attaques communes contre l’Iran.
Un retrait sans impact immédiat sur les marchés
Le départ des EAU d’OPEP et d’OPEP+ ne devrait pas avoir d’effet immédiat sur les marchés pétroliers. La guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie, combinées aux tensions au Moyen-Orient, ont déjà fortement réduit les approvisionnements mondiaux. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, reste une zone de risque majeure. Mardi, le prix du baril de Brent a dépassé les 111 dollars, soit une hausse de plus de 50 % par rapport à son niveau d’avant-guerre.
Par ailleurs, le pouvoir de marché d’OPEP s’est érodé ces dernières années avec l’essor de la production américaine. Les États-Unis, qui extraient désormais plus de 13 millions de barils par jour, dépassent largement la production saoudienne (10 millions de barils/jour avant la guerre). L’administration Trump avait d’ailleurs critiqué à plusieurs reprises le cartel.
Les EAU, membres d’OPEP depuis 1967 via l’émirat d’Abu Dhabi, produisaient environ 3,4 millions de barils par jour avant le début du conflit entre Israël et l’Iran fin février. Leur capacité de production pourrait atteindre 5 millions de barils/jour, selon les analystes.
Une stratégie alignée sur la demande mondiale
Dans un communiqué publié par l’agence de presse officielle WAM, les EAU ont justifié leur décision par une « vision stratégique et économique à long terme », ainsi que par leur volonté d’accélérer les investissements dans la production énergétique nationale. « Cette décision permettra d’ajouter progressivement une production supplémentaire sur le marché, en harmonie avec la demande et les conditions du marché », ont-ils déclaré.
Jorge Leon, responsable de l’analyse géopolitique chez Rystad Energy, estime que ce retrait prive OPEP d’un membre clé capable d’augmenter rapidement sa production. « Un OPEP structurellement affaibli, avec une capacité excédentaire concentrée dans un nombre réduit de pays, aura de plus en plus de mal à ajuster l’offre et à stabiliser les prix », a-t-il expliqué.
Les tensions entre l’Arabie saoudite et les EAU, bien que moins médiatisées que par le passé, continuent de peser sur la cohésion du cartel. Leur rivalité, couplée à la montée en puissance des producteurs non-OPEP, pourrait redéfinir l’équilibre des forces sur le marché pétrolier mondial.