Le double sens du titre Club Kid, réalisé par Jordan Firstman, révèle toute l’ambiguïté de ce film. L’histoire suit Peter, un ancien promoteur de soirées en perte de vitesse qui apprend qu’il a un fils. À première vue, le film semble résumer simplement cette intrigue, mais il va bien au-delà : il interroge le conflit intérieur de son protagoniste, tiraillé entre une vie de plaisirs éphémères et les contraintes, moins glamour, de la parentalité.
Cette tension entre nos limites humaines et nos aspirations reflète une vérité universelle : ce qui nous définit aussi nous frustre. Club Kid se présente comme une exploration de ce dilemme, où Peter doit admettre qu’il ne peut tout avoir et doit choisir avec sagesse à quoi consacrer sa « vie unique et précieuse ». Le film oscille entre sincérité, chaleur et une vitalité qui célèbre les modes de vie non conventionnels, tout en dépeignant avec justesse les réalités de la parentalité.
Pourtant, Jordan Firstman, qui endosse plusieurs rôles dans le film, peine parfois à se détacher de son propre récit. Son approche oscille entre l’autodérision et une forme de promotion de soi, au détriment du développement naturel de l’histoire. Malgré cela, il bénéficie d’une équipe créative soudée, dont le directeur de la photographie Adam Newport-Berra se distingue particulièrement. Ce dernier, déjà remarqué pour son travail sur The Invite d’Olivia Wilde, transforme ici un simple appartement en un univers à part entière. Avec encore plus d’espace à explorer, il capture les excès nocturnes de Peter, dont la définition du plaisir passe par des substances et une vie sociale débridée.
L’esthétique de Newport-Berra rompt avec les codes habituels des scènes de club, généralement filmées en plans larges pour montrer l’ampleur des foules. Ici, la caméra reste proche, presque intrusive, se concentrant sur les visages et les expressions. Dès la scène d’ouverture, où Peter et ses amis montent dans un taxi, la caméra tourne à 360 degrés, captant les réactions du chauffeur et l’énergie chaotique des passagers. Cette immersion sensorielle se poursuit sur la piste de danse, puis dans les recoins sombres où se mêlent rencontres et excès.
Malgré son exploration des plaisirs charnels, Club Kid ne se limite pas à la frénésie. Le film se concentre sur l’après : la gueule de bois, le désespoir face à un réveil brutal, ou encore le nettoyage méticuleux des traces de la veille. Peter, bien que maître de cérémonie lorsqu’il est en société, porte en lui un vide et une insatisfaction persistants. Son personnage incarne cette contradiction entre l’image qu’il renvoie et la réalité de son mal-être.