Maria et Pierre, deux étudiants, se retrouvent pour un dîner tardif. Pierre demande à Maria si Tom est présent à la fête qu’ils comptent rejoindre après le repas. Maria répond que oui, affirmant que Tom lui a confirmé sa présence. Pourtant, à leur arrivée, Tom n’est pas là : il a changé ses plans. Cette situation, imaginée par des chercheurs européens, a servi de base à une étude publiée dans la revue Cognition.
Les participants devaient trancher : la réponse de Maria était-elle vraie ou false ? Si la réponse semble évidente pour ceux qui adhèrent à la théorie de la correspondance — selon laquelle une affirmation est vraie si elle correspond à la réalité —, l’étude révèle un résultat surprenant. Seuls 55 % des participants ont jugé la réponse de Maria fausse. Les autres ont privilégié des critères comme la cohérence de ses propos avec ses croyances ou la sincérité de son intention.
Pour approfondir ces conceptions de la vérité, les chercheurs ont interrogé 200 participants sur les liens qu’ils établissent entre la vérité et d’autres notions. Par exemple, la correspondance est associée à des termes comme « réalité » ou « fait », tandis que la cohérence renvoie à « justification » ou « raison ». L’authenticité, quant à elle, est liée à « honnêteté » ou « transparence ». Bien que beaucoup aient reconnu l’importance de ces trois dimensions, la majorité (55 %) a finalement choisi la correspondance comme critère principal.
Trois mois plus tard, les chercheurs ont réinterrogé 128 participants sur le même scénario. Cette fois, la question était binaire : la réponse de Maria était-elle vraie ou fausse ? Selon les auteurs, un choix « vrai » reflète une compréhension basée sur l’authenticité ou la cohérence, tandis qu’un choix « faux » s’aligne sur la théorie de la correspondance. Les résultats confirment une tendance : 53,13 % des participants ont jugé la réponse de Maria fausse, contre 46,89 % qui l’ont jugée vraie.
Dans un article publié sur Psyche, les chercheurs soulignent que ces divergences peuvent alimenter des conflits. Par exemple, une personne attachée à la sincérité d’un propos pourrait considérer une affirmation comme vraie, même si elle ne correspond pas aux faits. À l’inverse, une personne privilégiant la réalité objective rejettera une telle affirmation.