Depuis plusieurs semaines, une théorie du complot selon laquelle des scientifiques américains liés à la recherche sur les ovnis auraient mystérieusement disparu ou seraient morts circule dans tous les médias, des plus marginaux aux plus influents. Pourtant, les preuves restent extrêmement fragiles, et cette théorie rappelle étrangement une autre rumeur tenace dans les cercles anti-vaccins.

Cette semaine, l’affaire a même atteint les plus hautes sphères politiques : le président Donald Trump a demandé au directeur du FBI, Kash Patel, d’enquêter sur ces allégations. Pourtant, aucune preuve tangible ne relie ces scientifiques disparus ou décédés entre eux. Pire encore, ce scénario n’est pas inédit.

Une théorie déjà connue dans les milieux anti-vaccins

Depuis au moins dix ans, une théorie similaire circule dans les cercles de la médecine naturelle et anti-vaccins. Ses partisans affirment que des « médecins holistiques » seraient assassinés par l’État profond ou l’industrie pharmaceutique, de peur qu’ils ne révèlent des vérités trop dangereuses. L’un des principaux promoteurs de cette théorie va jusqu’à prétendre que plus de 100 médecins auraient été tués pour cette raison.

Ces allégations reposent sur des récits de personnes « ayant trop su ». Dans certains milieux, elles sont devenues une évidence, souvent évoquées lors de conférences ou dans des newsletters comme une vérité admise. Pourtant, cette théorie n’a jamais connu un tel écho médiatique ni politique. Elle n’a jamais été reprise par les médias grand public, ni même par les présidents les plus enclins aux théories du complot.

La différence de traitement entre ces deux récits illustre la rapidité avec laquelle notre écosystème médiatique et notre environnement politique ont évolué.

L’affaire des scientifiques disparus : comment tout a commencé

La théorie des « scientifiques disparus » a pris de l’ampleur début avril. Parmi les personnalités citées figure le général de division William Neil McCasland, 68 ans, ancien officier de l’US Air Force et ingénieur astronautique. Il a occupé un poste clé sur une base militaire souvent associée aux ovnis. McCasland a été vu pour la dernière fois le 27 février près de son domicile à Albuquerque, non loin du vaste réseau de sentiers Elena Gallegos.

Sa disparition réelle a rapidement été exploitée par des partisans de théories conspirationnistes, notamment dans l’entourage pro-Trump, ainsi que par des médias comme le Daily Mail et le New York Post. Ce dernier s’est particulièrement illustré en publiant au moins 14 articles spéculant, sans preuve, sur des liens entre la disparition ou le décès de scientifiques et cette théorie. Parmi les personnes citées figure Michael David Hicks, un scientifique de 59 ans ayant travaillé pour le Jet Propulsion Laboratory de la NASA, décédé en 2023.

Un article du New York Post publié début avril affirmait que Hicks était un « scientifique de la NASA mort mystérieusement sans cause de décès ni autopsie ». Pourtant, aucune information officielle ne confirme ces allégations.

Des médias mainstream en quête de clics

Le traitement médiatique de cette théorie illustre une tendance inquiétante : certains médias grand public n’hésitent plus à relayer des spéculations sans fondement pour générer de l’audience. Le New York Post, en particulier, a multiplié les articles sensationnalistes, mêlant faits réels et conjectures infondées.

Cette approche, combinée à la viralité des réseaux sociaux, a permis à cette théorie de se propager rapidement, malgré l’absence totale de preuves. Elle montre aussi comment les récits conspirationnistes peuvent s’imposer dans le débat public, même lorsqu’ils reposent sur des bases extrêmement fragiles.

« La différence entre cette théorie et celle des médecins holistiques disparus réside dans la rapidité avec laquelle elle a été adoptée par les médias et les responsables politiques. »

Pourquoi cette théorie a-t-elle pris une telle ampleur ?

Plusieurs facteurs expliquent la propagation fulgurante de cette théorie du complot :

  • Un contexte politique polarisé : Dans un climat de défiance envers les institutions, les théories conspirationnistes trouvent un terreau fertile.
  • La viralité des réseaux sociaux : Les algorithmes favorisent les contenus sensationnalistes, même lorsqu’ils sont infondés.
  • L’appétit des médias pour le sensationnalisme : Certains titres n’hésitent plus à publier des articles spéculatifs pour attirer l’attention.
  • L’absence de vérification rigoureuse : Peu de médias prennent le temps de vérifier les faits avant de relayer une théorie.

Résultat : une théorie sans fondement se retrouve au cœur du débat public, alimentée par des spéculations et des interprétations erronées.