WASHINGTON — L’administration Trump s’apprête à modifier radicalement sa stratégie en matière de sécurité de l’intelligence artificielle (IA) avant le voyage du président Donald Trump en Chine, prévu la semaine prochaine. Cette évolution reflète une prise de conscience croissante des risques liés à la prolifération des modèles d’IA les plus puissants.

Les discussions en cours pourraient aboutir à des mesures réglementaires inédites, tandis que les États-Unis et la Chine explorent des pistes de coopération pour éviter une course aux armements technologiques.

Un changement de cap inattendu

Jusqu’à présent, l’administration Trump avait privilégié une approche libérale envers le développement de l’IA, favorisant l’innovation sans contraintes majeures. Cependant, des signaux récents indiquent un revirement stratégique. Plusieurs sources proches de la Maison-Blanche ont révélé à Axios que des actions exécutives pourraient être annoncées avant le sommet de Pékin, bien que ces discussions restent en phase exploratoire.

Parmi les mesures envisagées figurent :

  • Un décret exécutif axé sur la cybersécurité et l’IA ;
  • Un cadre réglementaire pour le déploiement et les tests des nouveaux modèles d’IA ;
  • Un système d’autorisation ou de limitation de l’usage gouvernemental des modèles d’IA par leurs fournisseurs.

Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte où les États-Unis et la Chine, bien que rivaux sur le plan technologique, semblent ouverts à des discussions officielles sur la régulation de l’IA. Selon le Wall Street Journal, cette question pourrait être intégrée à l’ordre du jour du sommet entre Trump et le président chinois Xi Jinping.

Des déclarations contrastées au sein de l’administration

Les propos tenus cette semaine par les principaux conseillers de Trump illustrent les tensions internes sur la manière de gérer l’IA. Kevin Hassett, directeur du Conseil économique national, a évoqué la possibilité d’un décret exécutif pour encadrer le déploiement des modèles d’IA, en s’inspirant du processus d’approbation des médicaments par la FDA.

« Nous étudions la possibilité d’un décret exécutif pour établir une feuille de route claire. Les futurs modèles d’IA, s’ils présentent des risques, devront suivre un processus garantissant leur sécurité avant leur mise en service, à l’image des médicaments approuvés par la FDA. »

En revanche, Susie Wiles, chef de cabinet de la Maison-Blanche, a adopté un ton plus conciliant lors d’une publication sur X (ex-Twitter) :

« En matière d’IA et de cybersécurité, le président Trump et son administration ne choisissent pas de vainqueurs ou de perdants. Leur objectif est clair : déployer les technologies les plus sûres et les plus performantes pour contrer toute menace. »

Wiles a insisté à trois reprises sur le terme « sécurité » dans son message, une approche qui contraste avec les déclarations de JD Vance, vice-président des États-Unis, en février 2025. Lors du Sommet pour l’action sur l’IA à Paris, Vance avait déclaré :

« Nous avons besoin de régimes réglementaires internationaux qui favorisent l’innovation en matière d’IA, plutôt que de l’étouffer. L’avenir de l’IA ne sera pas déterminé par des inquiétudes excessives sur la sécurité. »

Vers une coopération sino-américaine sur l’IA ?

Les signaux d’une possible collaboration entre Washington et Pékin sur la régulation de l’IA se multiplient. Plusieurs réunions organisées cette semaine à la Maison-Blanche ont réuni des représentants du secteur technologique et des services financiers, selon une source anonyme. Ces discussions pourraient aboutir à des engagements concrets lors du sommet de la semaine prochaine.

Cette évolution intervient alors que les deux pays, leaders mondiaux dans le développement de l’IA, cherchent à éviter une escalade incontrôlée. Une coordination, même limitée, pourrait marquer un tournant dans la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle.

Source : Axios