Un tableau né d’une colère contre les banques

En été 2011, Alex Schaefer, peintre californien, installe son chevalet sur un trottoir de Van Nuys, face à une agence Chase. Dans son esprit, le bâtiment est en feu : des flammes jaillissent des fenêtres, une fumée noire s’élève au-dessus des palmiers, tandis que le logo de la banque reste visible à travers les flammes. Une scène onirique, mais aussi une provocation.

Schaefer travaille en plein air, comme les impressionnistes peignant la Seine ou les champs de blé. Pourtant, son sujet est bien réel : une succursale de la plus grande banque américaine, sauvée trois ans plus tôt par des fonds publics. Un passant alerte la police. Pourtant, l’œuvre trouve preneur sur eBay pour 25 200 dollars, achetée par un collectionneur allemand. Schaefer, encouragé, enchaîne les toiles.

Une lignée artistique et politique

Les Banks on Fire de Schaefer s’inscrivent dans une tradition de contestation. Elles rejoignent des œuvres comme Los Angeles County Museum on Fire d’Ed Ruscha (1965-1968), où un musée s’embrase sur la toile. Mais Schaefer va plus loin : il remplace le musée par une banque, l’ère de la crise pétrolière par celle des sauvetages financiers, et sort la peinture de l’atelier pour l’exposer devant le bâtiment lui-même.

Cette audace lui vaut des questions de la part de la police de Los Angeles, inquiète à l’idée qu’il passe à l’acte. « Certains pourraient dire que les banques sont les terroristes », répond-il. En juillet 2012, il est arrêté pour avoir écrit « Escrocs » à la craie à côté du logo Chase devant une agence du centre-ville. Il passe douze heures en prison pour vandalisme.

De l’art numérique à la peinture militante

Né à Los Angeles en 1969 et formé à l’ArtCenter College of Design de Pasadena, Schaefer a d’abord travaillé comme artiste numérique, notamment sur la trilogie originale de Spyro the Dragon. En 2008, il abandonne les écrans pour revenir à la peinture, puis enseigne les fondamentaux du dessin et de la composition à l’ArtCenter.

Son parcours croise les grands mouvements de protestation américains. Son atelier se trouve dans le centre-ville de Los Angeles, épicentre d’une décennie de tensions : le campement Occupy LA, installé sur la pelouse de l’Hôtel de Ville à quelques rues de son studio ; les manifestations à la craie de 2012, dont l’un des points chauds était une agence Chase du centre-ville ; ou encore le quartier de 5th et San Julian, symbole des failles que les sauvetages bancaires étaient censés réparer.

Une série exposée à Bitcoin 2026

Les Banks on Fire de Schaefer font partie de l’exposition Relics of a Revolution, présentée lors de la conférence Bitcoin 2026. Elles y côtoient d’autres œuvres engagées, comme une scène de Tokyo sous la neige avec Kolin Burges, ou un passage supérieur de Los Angeles recouvert d’affiches avec Mear One. Une démonstration que l’art et la révolte peuvent s’unir pour questionner le pouvoir.

Pourquoi ces peintures résonnent-elles encore ?

  • Un symbole fort : les banques, perçues comme responsables de la crise de 2008, deviennent la cible d’une colère artistique.
  • Un héritage contestataire : Schaefer s’inscrit dans une lignée d’artistes militants, des impressionnistes aux graffeurs contemporains.
  • Un lien avec Bitcoin : l’exposition à Bitcoin 2026 souligne comment la défiance envers le système financier traditionnel a pu inspirer des alternatives comme les cryptomonnaies.