L’expérience sectorielle n’est plus un gage de succès

« Nous cherchons quelqu’un qui a déjà fait cela. » Cette phrase, souvent entendue dans les processus de recrutement, révèle une contradiction majeure. Elle sous-entend la recherche d’un profil capable de s’adapter à un virage stratégique, de se former à l’IA, de gérer une équipe aux compétences et attentes en mutation, tout en maintenant la productivité et en prenant des décisions plus rapides et plus pertinentes – le tout avec les mêmes ressources et le même budget. Un tel profil relève davantage du super-héros que du candidat idéal. Pourtant, les entreprises continuent de privilégier les profils ayant une expérience approfondie dans leur secteur, comme si ces derniers étaient les mieux armés pour répondre aux exigences actuelles.

Pourquoi l’expérience sectorielle peut devenir un piège

Dans un environnement stable, où l’exécution était la priorité, l’expérience sectorielle permettait de réduire les risques et d’accélérer l’intégration. Mais ce paradigme a changé. L’IA a compressé les délais d’exécution et placé le jugement au cœur de la compétitivité. Ce qui nécessitait autrefois une équipe peut désormais être réalisé par une seule personne dotée des bonnes compétences. Or, ces compétences – savoir opérer sans guide, prendre des décisions en situation d’incertitude, fédérer des fonctions disparates – ne sont pas celles que le filtre de l’expérience sectorielle sélectionne. Ce dernier favorise la reproduction de schémas, alors que les rôles actuels exigent leur disruption.

Une étude qui remet en cause les pratiques traditionnelles

Une étude récente de Strategy Science, relayée par HEC Paris, révèle que la diversité d’expérience au sein d’un même secteur, combinée à une expérience transversale, prédit une meilleure capacité à anticiper les stratégies que la profondeur d’expérience dans un seul domaine. En d’autres termes, le profil que les entreprises recherchent par défaut pourrait être le moins adapté aux défis du moment.

Le coût caché d’un mauvais recrutement

Le problème est particulièrement criant au niveau des managers intermédiaires, souvent chargés de traduire la vision des dirigeants en actions concrètes. Ces derniers doivent désormais interpréter les résultats de l’IA, valider ses outputs, gérer une équipe en transition et prendre des décisions plus rapidement – le tout avec des ressources inchangées. Selon Gartner, cité par HRDive, 75 % des managers sont submergés par l’augmentation de leurs responsabilités, et 82 % des responsables RH estiment qu’ils ne sont pas préparés à piloter le changement.

L’IA n’allège pas cette charge : elle l’alourdit. Les managers doivent désormais comprendre les initiatives liées à l’IA, tester des outils, valider leurs résultats et expliquer leurs limites à la direction – tout en supervisant des équipes réduites. Un rôle qui n’a pas été conçu pour une seule personne, mais qui s’est construit progressivement, exigence après exigence.

Les critères de recrutement doivent évoluer

Recruter un profil ayant déjà exercé un rôle similaire dans le même secteur ne résout pas le problème. Cela revient à placer la personne la moins adaptée dans un poste conçu pour des conditions qui n’existent plus. Les coûts d’un mauvais recrutement ne se limitent pas à la perte de productivité : ils incluent aussi l’incapacité à innover, à s’adapter rapidement et à tirer parti des opportunités offertes par l’IA.

Face à cette réalité, les entreprises doivent repenser leurs critères de sélection. Au lieu de privilégier l’expérience sectorielle, elles devraient rechercher des profils capables de :

  • S’adapter rapidement à des environnements en mutation constante.
  • Prendre des décisions éclairées dans un contexte d’incertitude.
  • Fédérer des équipes pluridisciplinaires autour d’objectifs communs.
  • Maîtriser les outils d’IA et en comprendre les limites.
  • Innover en remettant en question les schémas traditionnels.

Conclusion : l’ère du recrutement agile

L’IA a transformé le paysage professionnel, rendant obsolètes les critères de recrutement traditionnels. Les entreprises qui réussiront seront celles qui sauront identifier les profils capables de naviguer dans l’incertitude, de prendre des décisions rapides et de tirer parti des nouvelles technologies. Plutôt que de chercher des candidats ayant « déjà fait cela », elles devraient privilégier ceux qui sauront le faire demain.