En 2019, le projet Libra de Meta, rebaptisé Diem, a échoué après des années de développement en raison de pressions réglementaires et du retrait de partenaires bancaires. En avril 2022, les actifs de la blockchain ont été vendus à Silvergate Bank. Pourtant, quatre ans plus tard, Meta relance une initiative ambitieuse : des paiements en USDC, un stablecoin indexé sur le dollar, pour les créateurs éligibles.
Dès le 29 avril, Meta a commencé à verser des USDC via des portefeuilles crypto compatibles sur les blockchains Solana et Polygon. Cette phase pilote cible initialement des créateurs en Colombie et aux Philippines, deux pays où la demande de paiements en dollars et les frictions transfrontalières sont marquées.
Cette initiative s'appuie sur une infrastructure déjà mature, développée par des acteurs comme Stripe et Circle. Ces plateformes permettent désormais des paiements transfrontaliers en USDC, avec des frais réduits et des délais de règlement de quelques minutes seulement. Stripe, par exemple, propose des solutions de paiement en stablecoin pour les créateurs, freelances et équipes internationales, couvrant plus de 60 pays.
Un marché colossal en jeu
Selon Goldman Sachs, l'économie des créateurs pesait environ 250 milliards de dollars en 2023, un chiffre qui pourrait atteindre 480 milliards d'ici 2027. Cette économie repose sur des revenus variés : partenariats avec des marques, revenus publicitaires, abonnements, pourboires et paiements directs. Les accords avec les marques représentent à eux seuls 70 % des revenus des créateurs.
Si seulement 10 % de ces flux de paiement transitent par des rails en stablecoin, cela représenterait entre 25 et 48 milliards de dollars par an d'ici 2027. À titre de comparaison, les flux de paiements liés aux stablecoins dans l'économie réelle ont atteint 390 milliards de dollars en 2025, selon un rapport de la Banque des règlements internationaux (BRI). Une adoption massive des stablecoins dans l'économie des créateurs pourrait donc significativement modifier la part des paiements transfrontaliers en dollars.
Pourquoi cette infrastructure est-elle prête ?
Le projet Libra/Diem a échoué en partie parce que l'infrastructure des stablecoins n'était pas encore assez développée. Aujourd'hui, des plateformes comme Stripe ont comblé ce vide. Elles offrent des solutions clés en main pour les paiements en USDC, avec des processus de KYC/AML intégrés et une couverture mondiale élargie. Stripe permet désormais aux entreprises de 101 pays, auparavant exclus de ses services, de détenir des soldes en dollars et d'effectuer des transferts via des rails en stablecoin.
Pour un créateur basé à Manille ou à Bogotá, recevoir un paiement en USDC via Meta est bien plus rapide et moins coûteux qu'un virement bancaire traditionnel. De plus, ces transactions sont libellées en dollars, une devise largement adoptée dans les économies émergentes. Avec 98 % des stablecoins indexés sur le dollar, cette initiative contribue à une forme de dollarisation numérique de l'internet.
Un premier pas vers une adoption massive ?
Cette phase pilote de Meta pourrait ouvrir la voie à une adoption plus large des stablecoins dans l'économie des créateurs. Si les résultats sont concluants, d'autres plateformes pourraient suivre, transformant durablement la manière dont les revenus sont distribués et perçus à l'échelle mondiale. Une chose est sûre : l'ère des paiements en stablecoin pour les créateurs est bel et bien lancée.