Un pari financier titanesque et risqué
OpenAI, l'entreprise derrière ChatGPT, a connu un succès fulgurant depuis le lancement de son modèle phare. Pourtant, son modèle économique repose sur un pari extrêmement coûteux et risqué : le développement d'une intelligence artificielle de pointe à une échelle sans précédent. La survie même de l'entreprise n'est pas garantie, tant ses dépenses défient l'entendement.
L'entreprise consacre des milliards de dollars chaque année à l'embauche des meilleurs talents en IA, à l'acquisition de données de haute qualité et à l'accès à une puissance de calcul de plus en plus rare et onéreuse. Ces investissements massifs sont financés par un tour de table élargi, composé de fonds de capital-risque et de partenaires stratégiques, tous convaincus de réaliser des retours sur investissement exceptionnels dans les années à venir.
La puissance de calcul : un gouffre financier
La principale dépense d'OpenAI réside dans la puissance de calcul. Contrairement à d'autres secteurs technologiques, les entreprises d'IA doivent réserver des capacités de calcul plusieurs années à l'avance, bien avant que la demande ne se concrétise. Les centres de données, qui prennent des années à être construits et opérationnels, obligent les entreprises à anticiper leurs besoins avec une précision extrême.
Un mauvais calcul peut avoir des conséquences dramatiques : sous-estimer la demande signifie perdre des revenus potentiels, tandis qu'une surestimation peut mener à la faillite. Dario Amodei, PDG d'Anthropic, un concurrent d'OpenAI, a résumé cette équation périlleuse lors d'un récent podcast :
« La courbe que j'observe montre une croissance annuelle de 10 fois. Au début de cette année, nous tablons sur 10 milliards de dollars de revenus annualisés. [...] Mais je ne peux pas acheter pour 1 000 milliards de dollars de puissance de calcul en 2027. Si je me trompe d'un an dans cette estimation, ou si la croissance n'est que de 5 fois au lieu de 10, l'entreprise fait faillite. »
OpenAI joue plus gros que ses concurrents
Face à ce défi, OpenAI a choisi une stratégie plus audacieuse que ses rivaux. L'entreprise a engagé plus de 1 000 milliards de dollars dans la construction de nouveaux centres de données et dans la location de puissance de calcul auprès de partenaires majeurs, dont Amazon Web Services, CoreWeave, MGX, Microsoft, Nvidia, Oracle et Arm.
Selon une analyse de PitchBook, Oracle a signé un partenariat de 300 milliards de dollars sur cinq ans avec OpenAI, avec des engagements minimaux estimés à 60 milliards de dollars par an d'ici 2027. Par ailleurs, OpenAI a contracté environ 250 milliards de dollars de puissance de calcul auprès de Microsoft, pour lequel elle verse déjà environ 5 milliards de dollars par an via sa part de revenus sur Azure. Ces dépenses colossales reposent entièrement sur la capacité d'OpenAI à générer des revenus à un rythme soutenu.
Un ratio dépenses/revenus inquiétant
Actuellement, OpenAI génère environ 25 milliards de dollars de revenus annualisés, selon PitchBook. Cela représente un ratio de 40 pour 1 entre ses obligations financières et ses revenus actuels. Si la croissance ralentit, l'entreprise pourrait avoir du mal à honorer ses contrats de puissance de calcul et ses engagements envers ses partenaires.
Le Wall Street Journal a révélé la semaine dernière qu'OpenAI avait manqué ses objectifs internes de revenus et d'utilisateurs au début de l'année 2026. Sarah Friar, directrice financière, aurait alerté en privé les dirigeants que l'entreprise pourrait ne pas être en mesure de financer ses futurs contrats de calcul si la croissance venait à faiblir. OpenAI n'a pas démenti ces informations.
Dans une déclaration conjointe, Sam Altman, PDG d'OpenAI, et Sarah Friar ont affirmé être « totalement alignés sur l'objectif d'acheter autant de puissance de calcul que possible ». Une stratégie qui, selon Harrison Rolfes, analyste senior chez PitchBook, pourrait entraîner des pertes cumulées de près de 74 milliards de dollars pour l'exercice 2028, avant même que l'entreprise ne trouve une voie réaliste vers la rentabilité.
Un équilibre précaire entre ambition et survie
OpenAI se trouve donc dans une position délicate : son ambition de dominer le secteur de l'IA la pousse à prendre des risques financiers sans précédent. Si la croissance des revenus suit le rythme escompté, l'entreprise pourrait devenir un géant incontournable. En revanche, un ralentissement, même minime, pourrait avoir des conséquences catastrophiques.
Alors que ses concurrents, comme Anthropic, adoptent une approche plus prudente, OpenAI mise tout sur une expansion rapide et massive. Le pari est audacieux, mais le coût d'un échec serait tout simplement insoutenable.