Le Pentagone s'allie à sept géants de la tech pour intégrer l'IA dans ses réseaux militaires

Le département de la Défense américain a annoncé vendredi avoir signé des accords avec sept entreprises technologiques, dont Google, Microsoft, Amazon Web Services, Nvidia, OpenAI, Reflection et SpaceX, afin d'intégrer leurs solutions d'intelligence artificielle (IA) dans ses réseaux militaires classifiés.

Ces partenariats permettront à l'armée américaine de bénéficier de capacités avancées d'IA pour « renforcer la prise de décision des combattants dans des environnements opérationnels complexes », selon un communiqué officiel.

L'absence notable d'Anthropic

Parmi les entreprises sélectionnées, Anthropic est absente. Cette exclusion fait suite à un différend public et à un litige juridique avec l'administration Trump concernant l'éthique et la sécurité de l'utilisation de l'IA dans un contexte militaire.

Le Pentagone a accéléré ces dernières années son adoption de l'IA, une technologie qui pourrait réduire le temps nécessaire pour identifier et frapper des cibles sur le champ de bataille. Elle pourrait également optimiser la maintenance des armes et la gestion des lignes d'approvisionnement, d'après un rapport du Brennan Center for Justice publié en mars.

Les risques et les limites de l'IA militaire

Cependant, l'utilisation de l'IA en milieu militaire soulève des inquiétudes majeures. Certains craignent qu'elle ne porte atteinte à la vie privée des Américains ou ne conduise à une automatisation excessive des choix de cibles sur le terrain. Un des contractants a d'ailleurs précisé que son accord exigeait une supervision humaine dans certaines situations.

Les préoccupations autour de l'IA militaire ont été renforcées par les conflits récents, notamment la guerre d'Israël contre les milices du Hamas à Gaza et au Liban. Des géants technologiques américains auraient discrètement aidé Israël à traquer des cibles, mais le nombre de victimes civiles a fortement augmenté, alimentant les craintes que ces outils aient contribué à des pertes parmi les populations innocentes.

Des questions persistantes sur l'utilisation de l'IA

Helen Toner, directrice par intérim du Center for Security and Emerging Technology de l'Université Georgetown, a souligné les défis liés à l'intégration de l'IA dans les opérations militaires. « Une grande partie de la guerre moderne repose sur des personnes assises dans des centres de commandement derrière des écrans, prenant des décisions complexes dans des situations confuses et rapides », a-t-elle expliqué. « Les systèmes d'IA peuvent être utiles pour synthétiser des informations ou analyser des flux de surveillance afin d'identifier des cibles potentielles. »

Toner a également pointé les questions en suspens concernant le niveau de supervision humaine nécessaire, les risques associés et la formation des opérateurs. « Comment déployer rapidement ces outils pour qu'ils soient efficaces et offrent un avantage stratégique, tout en veillant à former les utilisateurs et à éviter une confiance excessive dans ces systèmes ? » a-t-elle interrogé.

Ces préoccupations avaient déjà été soulevées par Anthropic, qui exigeait dans son contrat que l'armée ne l'utilise pas pour des armes entièrement autonomes ou pour la surveillance des citoyens américains. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a rétorqué que l'entreprise devait se conformer aux utilisations jugées légales par le Pentagone.

Anthropic avait intenté un procès après que le président Donald Trump, républicain, ait tenté d'interdire à toutes les agences fédérales d'utiliser son chatbot Claude. Hegseth avait également tenté de classer l'entreprise comme un risque pour la chaîne d'approvisionnement, une mesure visant à protéger les systèmes de sécurité nationale contre des sabotages par des adversaires étrangers.

En mars, OpenAI avait annoncé un accord avec le Pentagone pour remplacer Anthropic dans les environnements classifiés, en utilisant ChatGPT. L'entreprise a confirmé cette information dans un communiqué.

« L'intégration de l'IA dans les systèmes militaires représente une avancée majeure, mais elle doit être encadrée par des garde-fous stricts pour éviter les dérives. »

— Expert en sécurité nationale