Washington — Le Pentagone a de nouveau été le théâtre d’une conférence de presse où le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a pressé l’Europe de s’engager davantage pour la réouverture du détroit d’Ormuz. « Ce ne doit pas être uniquement le combat des États-Unis », a-t-il déclaré avec fermeté. « Nous utilisons à peine ce détroit. Les Européens en ont bien plus besoin que nous. Il est temps d’arrêter les discours et les conférences en Europe pour monter enfin sur un bateau. »
Cette rhétorique n’est pas nouvelle : Hegseth l’a répétée à plusieurs reprises ces dernières semaines. Pourtant, ses propos, teintés d’agressivité, n’ont pas manqué de susciter des interrogations sur la cohérence de la politique américaine dans la région.
Le 21 mars, le président Donald Trump avait menacé l’Iran de « frapper et détruire » ses centrales électriques si le détroit d’Ormuz n’était pas « entièrement rouvert » sous 48 heures. Une échéance largement ignorée par Téhéran, qui n’a pas cédé aux ultimatums. Le 5 avril, Trump, qualifiant son propre délai de « trop long », avait annoncé une opération militaire pour le 7 avril, surnommée « Power Plant Day ». « Il n’y aura rien de comparable ! » avait-il tweeté, avant d’ajouter, dans un style plus familier : « Ouvrez ce putain de détroit, espèces de fous, sinon vous allez vivre un enfer. »
Pourtant, depuis cette date, le détroit reste partiellement ou totalement fermé, une situation que Trump semble désormais accepter. Intervenant hier, il a adopté un ton plus détaché, voire perplexe, pour commenter les tensions internes en Iran : « Ils ne savent même pas qui dirige le pays ! » a-t-il déclaré. « Les durs du régime perdent sur le champ de bataille, tandis que les modérés, qui ne le sont pas vraiment, gagnent en influence. C’est de la folie ! »
Mais le président américain a surtout affirmé que les États-Unis contrôlaient désormais totalement le détroit d’Ormuz. « Aucun navire ne peut y entrer ou en sortir sans l’autorisation de la marine américaine. Il est hermétiquement scellé jusqu’à ce que l’Iran accepte de négocier. » Une déclaration qui contraste avec ses précédentes menaces d’une intervention militaire pour forcer son ouverture.
Cette volte-face soulève des questions sur la stratégie réelle de l’administration Trump. « Une cohérence stupide est le propre des petits esprits, adorée par les petits hommes d’État et les philosophes, » écrivait Ralph Waldo Emerson en 1841. Une citation qui semble s’appliquer à la gestion erratique de la crise par le président américain.