WASHINGTON — Donald Trump a publiquement exhorté les législatures républicaines à exploiter un arrêt récent de la Cour suprême pour redessiner les cartes électorales en leur faveur avant les élections de mi-mandat de novembre. Dans un message publié sur Truth Social, l’ancien président a appelé les États contrôlés par les républicains à « maximiser » la manipulation des circonscriptions, promettant que cela leur permettrait de gagner « plus de 20 sièges » à la Chambre des représentants.

Cette déclaration intervient après que la Cour suprême a affaibli, la semaine dernière, une protection clé contre le gerrymandering racial, une pratique consistant à dessiner les circonscriptions électorales de manière à avantager un parti ou une ethnie. Trump a explicitement lié cette stratégie à la nécessité de compenser la baisse de sa popularité, qui vient d’atteindre un nouveau plus bas historique.

« Les républicains vont obtenir plus de 20 sièges à la Chambre lors des prochaines élections de mi-mandat », a-t-il écrit, sans préciser comment un tel gain serait possible en si peu de temps. Les experts en droit électoral et en politique estiment que cette affirmation est exagérée, voire infondée.

Une stratégie préparée depuis des mois

Max Flugrath, directeur de l’organisation de défense des droits de vote Fair Fight Action, a révélé que les conseillers de Trump discutaient déjà de cette approche avec les donateurs républicains dès décembre 2023. Selon un rapport d’Axios, les stratèges Chris LaSivita et Tony Fabrizio, respectivement conseiller politique et sondeur de Trump, avaient alors indiqué à un rassemblement du Comité national républicain (RNC) que l’arrêt Louisiana v. Callais pourrait « transformer » la capacité des républicains à remporter des élections pour les années à venir.

« C’est un paragraphe honteux, c’est tout. Trump et ses conseillers n’ont même pas la décence de le cacher », a déclaré Flugrath lors d’un entretien avec The Daily Blast, un podcast du New Republic.

Un « bras de fer » électoral déjà en cours

Depuis plusieurs mois, les États américains redessinent leurs circonscriptions après le recensement de 2020. Jusqu’à présent, les gains pour les républicains et les démocrates s’équilibraient : la Virginie, par exemple, a redessiné ses cartes pour ajouter jusqu’à quatre sièges démocrates, tandis que la Floride, dirigée par le gouverneur républicain Ron DeSantis, vient de signer une nouvelle carte susceptible de basculer quatre sièges démocrates dans le camp républicain.

« La Floride pourrait faire pencher la balance en faveur des républicains, mais tout dépendra des décisions des tribunaux dans les affaires en cours », a expliqué Flugrath. « Pour l’instant, le bilan reste équilibré, mais la situation évolue rapidement. »

Des conséquences juridiques et politiques majeures

L’arrêt de la Cour suprême, qui a affaibli la section 2 du Voting Rights Act, rend désormais plus facile la manipulation des circonscriptions pour exclure les minorités ethniques. Les démocrates, qui avaient jusqu’ici bénéficié de protections contre ces pratiques, se retrouvent désormais dans une position défensive.

« Les républicains utilisent cette décision pour consolider leur pouvoir, mais cela ne fait que renforcer la polarisation et l’instabilité politique », a ajouté Flugrath. « Les démocrates devront riposter, que ce soit par des recours juridiques ou des mobilisations électorales. »

Alors que les élections de mi-mandat approchent, la bataille pour le contrôle du Congrès s’annonce plus féroce que jamais, avec des enjeux démocratiques majeurs en jeu.