La rédaction de la cinquième édition d’un manuel de droit constitutionnel américain touche à sa fin. Après la publication de la précédente édition en 2021, les auteurs, dont Randy Barnett, constatent que le droit constitutionnel a connu des évolutions majeures, mais que leur impact pratique reste limité. Cette expérience met en lumière le décalage entre l’enseignement théorique des décisions emblématiques et leur application concrète par les praticiens.

Des arrêts emblématiques aux effets limités

Dans les amphithéâtres, les étudiants étudient des décisions qui ont marqué l’histoire récente : Bruen, qui a instauré un test strict pour évaluer les lois sur le contrôle des armes ; Dobbs, qui a renvoyé la question de l’avortement aux États ; et Students for Fair Admission (SFFA), qui a presque interdit les politiques de discrimination positive dans l’éducation supérieure. Ces arrêts donnent l’impression d’un bouleversement juridique soudain.

Pourtant, la réalité est bien différente. Bruen, par exemple, a vu sa portée réduite dès l’année suivante avec l’arrêt Rahimi, qui a assoupli le test des « lieux sensibles ». Les lois sur les armes restent globalement inchangées, et les États bleus ont maintenu des régimes restrictifs pour le port d’armes, malgré les attentes des défenseurs du deuxième amendement. La Cour suprême a également refusé d’examiner plusieurs affaires liées à l’étendue des « lieux sensibles » ou aux types d’armes concernés par le deuxième amendement. Les deux affaires entendues cette année (Hemani et Wolford) ne concernent que des questions marginales, sans impact majeur pour les propriétaires d’armes.

L’affirmative action : une évasion discrète mais efficace

Après l’arrêt SFFA, qui a interdit les politiques de discrimination positive dans les universités, la Cour suprême a refusé d’examiner l’affaire Boston Parent Coalition for Academic Excellence Corp. v. The School Committee For the City of Boston (2024). Cette affaire concernait une école publique d’élite accusée de contourner l’arrêt SFFA. Bien que les juges Clarence Thomas et Samuel Alito aient voté pour l’examen de l’affaire, les autres membres de la Cour sont restés silencieux.

Un rapport récent de l’Institut Manhattan révèle que les taux d’admission des minorités raciales dans les universités d’élite sont restés stables, malgré les prédictions alarmistes de Harvard et d’autres établissements. Ces chiffres suggèrent que les universités ont développé des stratégies pour contourner l’arrêt SFFA, bien que les données ne soient pas encore concluantes. Il est peu probable que la Cour suprême intervienne à nouveau sur ce sujet.

L’avortement : un enjeu toujours aussi complexe

L’arrêt Dobbs a renvoyé la question de l’avortement aux États, mais la réalité est plus nuancée. Les médecins des États bleus envoient désormais des pilules abortives dans les États rouges, tandis que ces derniers ont adopté des « lois de bouclier » pour protéger les praticiens. Résultat : le nombre d’avortements dans les États pro-vie a augmenté depuis Dobbs, malgré les restrictions locales.

La question des lois de bouclier n’a pas encore été portée devant la Cour suprême, mais il est probable que celle-ci évite de s’en mêler. Ce soir même, la Cour a une nouvelle fois refusé de se prononcer sur la question du mifépristone, en accordant une suspension à la Cour d’appel du cinquième circuit dans l’affaire Danco Laboratories v. Louisiana. La décision a été prise par 7 voix contre 2, sans explication supplémentaire.

Source : Reason