Les tribunaux fédéraux ont été confrontés à plusieurs reprises à la Clause des Émoluments pendant le premier mandat de Donald Trump. Dès son investiture en 2017, des groupes progressistes avaient engagé des poursuites dans plusieurs États, arguant que les gouvernements étrangers et locaux soutenant financièrement ses propriétés lui offraient des avantages inconstitutionnels.
Parmi les avocats ayant participé à ces affaires figuraient Seth Barrett Tillman et l’auteur de ces lignes, qui ont déposé plusieurs mémoires en amicus curiae aux niveaux des tribunaux de district, d’appel et de la Cour suprême. Pourtant, les plaignants n’ont jamais demandé de mesures provisoires ou d’audiences accélérées. Malgré l’urgence alléguée de ces affaires, jugées vitales pour la démocratie, ils ont systématiquement sollicité des reports et des prolongations. Résultat : les dossiers sont arrivés trop tard à la Cour suprême, alors que Trump avait déjà quitté ses fonctions, et les procédures se sont soldées par un échec.
Depuis le début de son second mandat, l’auteur de ces lignes attendait avec impatience de nouveaux procès fondés sur la Clause des Émoluments ou sur la Section 3 du Quatorzième Amendement, un autre sujet d’étude. Mais rien ne s’est produit. Jusqu’à aujourd’hui.
Une nouvelle stratégie juridique
Le Constitutional Accountability Center, qui avait déjà poursuivi Trump lors de son premier mandat, a de nouveau engagé des poursuites. Cette fois, l’affaire ne concerne pas des entreprises fréquentant ses propriétés, mais une allégation de violation de la Clause des Émoluments Domestiques.
Le procès reproche à la Floride et au Miami-Dade Community College d’avoir offert un terrain en plein centre-ville de Miami pour y construire la bibliothèque présidentielle de Trump, constituant ainsi un avantage inconstitutionnel. Trump, la bibliothèque présidentielle, le gouverneur Ron DeSantis, le procureur général de Floride Ariana Uthmeier et d’autres responsables de l’État sont nommés comme défendeurs.
Les arguments des plaignants
En 2017, le Constitutional Accountability Center avait déjà tenté de poursuivre Trump au nom de sénateurs, dont Richard Blumenthal. Cette tentative avait échoué faute de standing. Neuf ans plus tard, l’organisation invoque une nouvelle théorie, tout aussi vouée à l’échec, selon les observateurs.
Les plaignants sont au nombre de trois : deux particuliers vivant à proximité du site prévu pour la bibliothèque, et une entreprise agricole urbaine, Sistrunk Seeds (Dunn’s Farm). Les particuliers dénoncent une obstruction de leur vue sur la baie de Biscayne, une augmentation du trafic, une baisse de leur qualité de vie et de la valeur de leurs biens. Dunn’s Farm, quant à elle, affirme avoir collaboré par le passé avec le Miami-Dade College pour exploiter une ferme urbaine en bord de baie. Le projet aurait été compromis par la donation du terrain à la bibliothèque.
Le recours reconnaît d’ailleurs l’absence de contrat formel : « Le partenariat de longue date entre le Miami-Dade College et Dunn’s Farm montre que, au minimum, le collège aurait sérieusement envisagé la demande de l’entreprise pour ce terrain. »