Julia Feinberg, 32 ans, utilise un fauteuil roulant depuis son enfance en raison d'une atrophie musculaire spinale. À Oakland, elle mène une vie indépendante grâce à 600 heures d'aide mensuelle financées par le programme californien IHSS (In-Home Supportive Services). Ce dispositif permet à des milliers de personnes handicapées ou âgées de recevoir une assistance pour les tâches quotidiennes : se lever, faire ses courses ou préparer ses repas.

Mais cette autonomie est aujourd'hui menacée par le gouverneur Gavin Newsom. Dans son projet de budget, il propose de modifier le financement de l'IHSS. Désormais, si une personne comme Feinberg a besoin d'augmenter ses heures d'assistance, le comté devra assumer l'intégralité du coût. Une mesure qui risque de priver des centaines de milliers de Californiens de leur soutien vital.

En mars 2026, plus de 900 000 personnes handicapées ou âgées dépendaient de ce programme en Californie. Pourtant, Newsom envisage également de supprimer un dispositif de secours : le programme de fournisseurs de remplacement. En cas d'absence de leur aide à domicile, des milliers de bénéficiaires se retrouveraient sans solution.

Un bras de fer politique aux conséquences humaines

Cette situation s'inscrit dans un conflit plus large entre Newsom et l'administration Trump. Depuis des mois, le gouvernement fédéral menace de retenir plus d'un milliard de dollars de remboursements Medicaid, accusant la Californie de fraude sans preuve. Newsom, qui se présente comme l'un des principaux opposants à Trump, propose une solution qui aggraverait la crise pour les plus vulnérables.

« Il est impossible que cet État manque de ressources pour répondre aux besoins des Californiens les plus fragiles », dénonce Feinberg. Pourtant, son sort dépend désormais des décisions budgétaires de Sacramento.

Un système sous pression dans tout le pays

La Californie n'est pas un cas isolé. Aux États-Unis, les services d'assistance à domicile sont optionnels dans le cadre de Medicaid, contrairement aux soins en établissement. Plus de 8 millions de personnes handicapées ou âgées en bénéficient, mais leur avenir est incertain face aux coupes fédérales drastiques votées l'an dernier.

Newsom a tenté de se poser en rempart contre Trump lors du Forum économique mondial de Davos en janvier. « Les gens se soumettent. J'aurais dû apporter des genouillères pour tous les dirigeants », avait-il déclaré. Pourtant, pour les associations de défense des droits des personnes handicapées, ses propositions budgétaires trahissent cette posture.

« Il y a un fossé entre l'image qu'il veut renvoyer et la réalité », explique un militant. « Newsom ne représente pas une alternative crédible à Trump. Il en est un acteur à part entière. »