Un cold case résolu après 36 ans. C’est le résultat du documentaire My Brother’s Killer, réalisé par Rachel Mason, qui retrace l’histoire tragique de William « Billy London » Arnold Newton, un jeune homme de 25 ans assassiné en 1988 à West Hollywood. Mason, réalisatrice nommée aux Emmy pour Circus of Books, a transformé une enquête personnelle en une révélation judiciaire.
Tout commence en 1990, lorsque Mason découvre un article dans The Advocate évoquant le meurtre de Billy. « Je n’ai pas pu m’en détacher », confie-t-elle. Pendant la production du documentaire, elle tombe sur un épisode du podcast The Dinner Party Show, animé par Christopher Rice et Eric Shaw Quinn, entièrement consacré à l’affaire. Ce podcast, couplé à la diffusion du film, relance l’intérêt du public et génère une piste inattendue : l’implication possible de Jeffrey Dahmer. La police de Los Angeles rouvre alors le dossier, bien que cette piste se révèle infondée.
Pourtant, l’enquête prend une nouvelle dimension. Mason et son équipe s’appuient sur des archives, des entretiens et des témoignages, dont celui de sa propre mère. « Je ne m’attendais pas à me retrouver plongée dans l’enquête, explique-t-elle. Je pensais simplement réaliser un portrait de la victime pour alimenter un possible documentaire. Mais le processus a pris une tournure inattendue, menant à la résolution de l’affaire en cours de tournage. »
Le film dépasse le cadre du true crime. Il met en lumière la lutte des hommes gays pendant l’épidémie de sida, tout en offrant une forme de reconnaissance aux proches de Billy. « Cette époque était marquée par une violence extrême, et c’est une partie méconnue de l’histoire gay, souligne Mason. Malgré tout, la résilience de la culture gay est remarquable. Dans un océan de mort, il y avait aussi une vitalité incroyable. Je voulais montrer cette dualité. »
Billy, adulte dans l’industrie du cinéma, poète et artiste, était une figure aimée de son entourage. Vivant dans une période de violence et d’exclusion, il incarnait pourtant une source de lumière et de créativité. « Pour moi, Billy symbolisait une injustice insupportable, confie Mason. Non seulement il a été assassiné, mais son meurtre a été commis au sein même de sa communauté, à une époque où les victimes étaient souvent oubliées. »
L’un des objectifs de Mason était de restituer la complexité de Billy, loin du simple archétype de la victime. « Il méritait d’être reconnu comme une personne à part entière, avec ses rêves, ses combats et sa singularité », ajoute-t-elle.