L’intelligence artificielle générative continue de fragiliser les fondements du droit d’auteur, qu’il s’agisse de livres copiés sans vergogne ou d’images virales mettant en scène des personnages populaires. Mais aujourd’hui, même les logiciels ne sont plus à l’abri. Un nouvel outil, Malus.sh — dont le nom, prononcé « malice », évoque d’emblée ses intentions —, utilise l’IA pour contourner les licences open source en recréant un logiciel à partir de zéro, sans jamais accéder à son code original.
Développé par une LLC et déjà commercialisé auprès de clients payants, ce projet se présente comme une parodie des tensions au sein de la communauté open source. Pourtant, il incarne une réalité bien tangible. Selon Mike Nolan, cofondateur et chercheur à l’ONU sur l’économie politique des logiciels open source, cette approche répond à une logique économique implacable : « Si ce n’était qu’une satire, les travailleurs du secteur technologique l’auraient probablement balayée d’un revers de main, convaincus qu’ils étaient trop intelligents pour subir un jour les licenciements ou les pressions économiques. »
La méthode s’inspire du principe du « clean room », une technique utilisée dès les années 1970 par IBM pour reproduire des systèmes sans violer les droits d’auteur. Deux équipes travaillaient alors : l’une analysait les spécifications pour recréer un BIOS, tandis que l’autre, « propre », n’avait jamais vu le code original. Grâce à l’IA, ce processus devient aujourd’hui bien plus accessible. Des outils comme Malus.sh peuvent générer du code fonctionnellement identique à un logiciel existant, tout en évitant toute violation des licences.
Sur son site, Malus.sh vante ses résultats : « Enfin libérés des obligations des licences open source ! Nos robots IA propriétaires recréent indépendamment n’importe quel projet open source, de A à Z. Résultat ? Un code légalement distinct, avec une licence adaptée aux entreprises. » Le site précise : « Aucune attribution. Aucun copyleft. Aucun problème. »
Si Malus.sh joue la carte de la satire, il reflète une tendance déjà en marche. En effet, des débats houleux ont éclaté récemment autour de la réécriture de bibliothèques logicielles open source. Par exemple, une nouvelle version de chardet, une bibliothèque Python populaire, a été entièrement recréée avec l’outil Claude Code d’Anthropic, sous licence MIT, sans mentionner les auteurs originaux. Cette pratique, qualifiée de « clean room », soulève des questions éthiques et juridiques majeures.
Dan Blanchard, développeur ayant participé à cette réécriture, confie à 404 Media : « J’ai vu Malus.sh, et comme beaucoup, je n’étais pas sûr au début qu’il s’agissait d’une satire, car je suis convaincu que quelqu’un finira par le faire pour de vrai. »
Cette innovation inquiète également les entreprises du secteur SaaS (Software as a Service), qui craignent que l’IA ne leur vole leur avantage concurrentiel. Des concurrents pourraient en effet recréer leurs solutions personnalisées à moindre coût, rendant leurs offres redondantes. Ces craintes ont déjà provoqué des krachs boursiers dans le secteur, comme celui d’Oracle plus tôt cette année. Blanchard, qui a finalement adopté une licence « zero-clause BSD » approuvée par la communauté open source, illustre les tensions entre innovation technologique et respect des droits d’auteur.