La Génération Z n’est pas un groupe uniforme. Selon des recherches récentes, elle se diviserait en deux sous-ensembles distincts, séparés par la pandémie de COVID-19. Les plus jeunes, moins prévisibles, remettent en cause les choix politiques actuels, comme le révèle un récent sondage de l’université de Yale.
Cette fragmentation, plus profonde qu’un simple clivage électoral, influence la perception des institutions, des marques et des technologies par les jeunes, ainsi que leur rapport à la confiance.
Deux sous-groupes aux trajectoires opposées
Rachel Janfaza, autrice de la newsletter « The Up and Up », a identifié deux sous-groupes au sein de la Génération Z : Gen Z 1.0 et Gen Z 2.0.
- Gen Z 1.0 : ces jeunes ont terminé leurs études secondaires avant la pandémie. Leur adolescence a été marquée par des mouvements comme Black Lives Matter, sans TikTok comme outil dominant.
- Gen Z 2.0 : leur parcours scolaire a été bouleversé par les confinements, les cours en ligne et le port du masque. Leur socialisation s’est construite dans un monde en mutation rapide.
« Aucune autre génération n’a connu une pandémie d’une telle ampleur, et aucune n’a vu son mode de communication et de culture évoluer aussi vite », souligne Janfaza.
Un virage politique inattendu chez les plus jeunes
Amanda Edelman, responsable du laboratoire Gen Z chez Edelman, explique que Gen Z 1.0 a grandi sous la présidence Trump et a développé une opposition marquée à la droite. En revanche, Gen Z 2.0 affiche un « rejet massif » des orientations actuelles.
Les chiffres du sondage de Yale (printemps 2024) confirment cette tendance : 52 % des 18-22 ans soutiennent les démocrates aux législatives, contre une avance républicaine de près de 12 points un an plus tôt. Seuls les jeunes hommes de 18 à 22 ans font exception, s’éloignant des démocrates.
Ce basculement ne reflète pas un conservatisme assumé, mais plutôt une « rébellion » et une frustration envers le statu quo, précise Edelman. Le sondage note cependant un biais masculin dans l’échantillon des 18-22 ans.
Autre signe de volatilité : 18 % des jeunes électeurs restent indécis, un taux plus élevé que chez les autres tranches d’âge. Ces chiffres pourraient encore évoluer, mais ils illustrent une tendance plus large de méfiance envers les institutions.
Une génération en quête d’authenticité
Eli Kalberer, 17 ans, membre du programme New Voters 250, estime que les jeunes sont sensibles aux discours politiques qui les touchent directement. « La capacité des partis à montrer qu’ils comprennent les jeunes, ou à être eux-mêmes jeunes, a un impact énorme sur leur vote », explique-t-il. Il cite l’engouement suscité par Zohran Mamdani, maire de New York, comme exemple de cette connexion.
Les préoccupations des jeunes portent davantage sur « des problèmes concrets » – coût de la vie, frais de scolarité – que sur les « guerres culturelles », ajoute-t-il.
Jess Siles, directrice de la communication chez Voters of Tomorrow et membre de Gen Z 1.0, confirme cette désillusion généralisée envers la démocratie. « Ce clivage se manifeste dans leurs choix électoraux et leurs modes d’organisation », précise-t-elle.
Les divergences entre les deux sous-groupes s’étendent à des sujets comme l’intelligence artificielle, les relations amoureuses, la politique étrangère et la construction de la confiance.