Quelques jours avant le 1er mai, Journée internationale des travailleurs, le Grand Lake Theatre d’Oakland accueillait la première ouest-américaine de I Love Boosters, le deuxième long-métrage de Boots Riley. Ce cinéma centenaire, fermé ce jour-là en soutien aux droits des travailleurs, offrait un cadre symbolique pour le lancement de ce film satirique, porté par une distribution étoilée.
Présenté comme l’événement phare du Festival international du film de San Francisco, où Riley avait déjà marqué les esprits en 2018 avec Sorry to Bother You, la salle affichait complet. Une file d’attente s’étirait devant l’entrée, où des spectateurs espéraient encore obtenir un billet de dernière minute.
Comme son premier film, I Love Boosters – dont le titre s’inspire d’un morceau de l’album *Pick a Bigger Weapon* (2006) du groupe de Riley, The Coup – est une critique acerbe du capitalisme, ancrée dans la réalité de la baie de San Francisco. Cette fois, le réalisateur braque son objectif sur l’industrie de la mode, révélant les couches d’exploitation qui se cachent derrière les vêtements que nous portons. L’intrigue suit Corvette (Keke Palmer), une jeune femme charismatique et son groupe de complices, des voleuses à l’étalage surnommées « boosters », en conflit avec un designer excentrique interprété par Demi Moore. Fidèle à son style, Riley mêle humour noir, éléments surréalistes, science-fiction et même surnaturel, avec des machines à téléportation et des démons. Sans oublier une bonne dose de philosophie marxiste.
« Pointer le problème ne suffit pas, même si j’apprécie ces films… Il faut quelque chose qui donne envie aux gens de rejoindre un mouvement capable de gagner. »
Après la projection, Riley et les membres de la distribution – Eiza González, Poppy Liu et LaKeith Stanfield – ont répondu aux questions du public. Interrogé sur ses premières impressions à la lecture du scénario et sur ce qui l’avait motivé à rejoindre le projet, Stanfield a déclaré que I Love Boosters allait « faire avancer l’art » et permettre à l’équipe de s’exprimer sur « une question sociale qui nous dépasse : l’unité ».
« Nous devons remettre en cause les structures qui nous dominent, et nous ne pourrons y parvenir qu’ensemble. »
Le lendemain, alors que je traversais le centre-ville de San Francisco pour interviewer Riley, un petit avion traînait dans le ciel une banderole proclamant : « ARRÊTEZ D’EMBAUCHER DES HUMAINS ». Ce message, digne d’un univers dystopique à la Riley, illustre parfaitement pourquoi ses films résonnent si fort dans notre société capitaliste à son stade ultime.
Quelques instants plus tard, j’ai rencontré le réalisateur pour discuter de ses inspirations, de l’état du cinéma engagé aujourd’hui, et de I Love Boosters, qui sort en salles le 22 mai. Voici les principaux extraits de notre échange, édités pour plus de clarté.
Retour sur la première à Oakland
— Comment avez-vous vécu le retour au Grand Lake Theatre pour la première de votre deuxième film ?
Le Grand Lake Theatre, c’est un lieu que je fréquente depuis mon enfance. J’y ai vu tant de films marquants. Depuis le succès de Sorry to Bother You, ils m’ont réservé un accueil exceptionnel.