Alors que les factures des ménages américains s’envolent, un groupe influent de progressistes relance l’idée d’un New Deal vert, mais sous une forme radicalement différente. Leur thèse : la crise climatique n’est pas un luxe, mais un facteur clé de l’inflation et de l’instabilité économique.

Dans un rapport intitulé « Arrêtons la cupidité, construisons vert », le Climate and Community Institute (CCI), un laboratoire d’idées de gauche, défend une approche qu’il qualifie d’« populisme économique vert ». Pour ses auteurs, la décarbonation ne doit pas être perçue comme un frein à l’accessibilité financière, mais comme un levier pour y parvenir.

Cette proposition s’inscrit en opposition directe avec le discours dominant à Washington, qui présente les politiques climatiques comme politiquement toxiques. Pourtant, le CCI s’appuie sur des données récentes : un sondage mené avec le cabinet Data for Progress révèle que 70 % des électeurs américains – dont 65 % des républicains – estiment que les mesures climatiques pourraient réduire le coût de la vie.

« La force de cette approche réside dans le fait qu’elle défie l’idée reçue selon laquelle réduire les émissions rendrait la vie plus chère et plus difficile », explique Naomi Klein, autrice et membre fondateur du conseil consultatif du CCI. « Les gens souffrent déjà au quotidien à cause des décennies de sous-investissement dans les travailleurs et les infrastructures. »

Le CCI a présenté son « agenda climatique pour la classe ouvrière » lors d’un événement à New York, réunissant des figures comme Louise Yeung, responsable climat de Zohran Mamdani, des représentants des Democratic Socialists of America et de l’Institut des emplois climatiques de Cornell. Une semaine plus tard, l’organisation a défendu sa proposition à Washington, en rencontrant des législateurs et en organisant des tables rondes avec d’anciens responsables de la Maison Blanche, des universitaires, des militants et des dirigeants syndicaux.

Contrairement à d’autres démocrates qui lient la crise du coût de la vie à la transition écologique de manière ponctuelle, le CCI prône une refonte structurelle de l’économie. Son objectif : promouvoir la démocratie économique en s’attaquant au pouvoir des entreprises et en collaborant avec les syndicats et les mouvements sociaux pour façonner les politiques publiques.

« Une véritable accessibilité financière passe par une transformation profonde des fondements de notre économie, et non par le simple ajustement des portefeuilles des actionnaires et des dirigeants d’entreprise », souligne Rakeen Mabud, économiste politique et chercheuse senior au CCI. « Nous devons nous concentrer sur la souffrance réelle que les gens endurent au quotidien. »

Cette approche s’inspire du Green New Deal, popularisé par le mouvement Sunrise et les figures comme Alexandria Ocasio-Cortez et Bernie Sanders, pour qui le CCI a déjà rédigé des projets de loi fédéraux. Mais elle va plus loin en intégrant une dimension de justice sociale et économique, visant à réconcilier écologie et justice pour les classes populaires.