Les chercheurs académiques aux États-Unis font face à une situation sans précédent : obtenir des subventions des National Institutes of Health (NIH) est devenu plus compétitif et plus imprévisible que jamais. Selon une enquête nationale menée par STAT et des entretiens approfondis avec des chercheurs, le taux de succès des demandes de financement a chuté à des niveaux historiques.
Les données des NIH montrent que la concurrence pour les subventions de recherche s'est intensifiée sous la deuxième administration Trump, avec un taux de financement record de seulement 13 % au cours de l'exercice 2023. Pire encore, même les projets les mieux notés ne sont plus garantis d'obtenir un financement.
Une compétition accrue et des règles floues
Les chercheurs interrogés décrivent un système de plus en plus opaque et complexe, où les critères d'évaluation évoluent constamment. Certains évoquent des changements soudains dans les priorités de financement, rendant les stratégies de candidature encore plus difficiles à anticiper.
« C'est comme tirer à l'aveugle, mais avec des enjeux vitaux pour nos carrières et nos laboratoires », confie un chercheur en immunologie de l'Université de Californie, sous couvert d'anonymat. « Nous passons plus de temps à remplir des dossiers qu'à faire de la recherche. »
Des stratégies désespérées pour survivre
Face à cette situation, de nombreux chercheurs adoptent des tactiques radicales pour maximiser leurs chances :
- Multiplication des demandes : Soumettre des dizaines de propositions pour augmenter les probabilités de succès, au risque de s'épuiser.
- Collaborations forcées : S'associer à des équipes mieux établies, même si cela signifie partager la paternité des travaux ou renoncer à une partie de l'indépendance scientifique.
- Recours aux fonds privés : Se tourner vers des mécènes ou des fondations pour compenser le manque de financements publics, une solution souvent temporaire et instable.
- Réorientation des projets : Adapter leurs recherches aux priorités actuelles des NIH, même si cela implique de délaisser des sujets prometteurs mais moins prioritaires.
« Certains collègues ont dû quitter la recherche académique pour rejoindre l'industrie ou accepter des postes administratifs », explique une professeure de biologie moléculaire. « C'est une hémorragie de talents que le système ne peut plus se permettre. »
Un impact dévastateur sur la recherche
Les conséquences de cette crise dépassent le cadre individuel. Les laboratoires réduisent leurs effectifs, les projets innovants sont abandonnés, et la formation des jeunes chercheurs est menacée. « Sans financement stable, nous ne pouvons pas former la prochaine génération de scientifiques », alerte un directeur de laboratoire du NIH.
« Le système actuel est en train de s'autodétruire. Nous risquons de perdre des décennies de progrès scientifiques en quelques années. »
— Un chercheur principal anonyme
Que faire face à cette situation ?
Face à ce constat alarmant, des voix s'élèvent pour réclamer une réforme en profondeur du système de financement de la recherche. Parmi les pistes évoquées :
- Une augmentation significative du budget des NIH, pour rétablir un taux de succès acceptable.
- Une simplification des procédures et une plus grande transparence dans les critères d'évaluation.
- Un soutien accru aux jeunes chercheurs, via des programmes dédiés ou des bourses ciblées.
- Une meilleure coordination entre agences fédérales pour éviter les chevauchements et optimiser les ressources.
« Il est temps d'agir avant que la situation ne devienne irréversible », plaide un collectif de chercheurs. « La recherche américaine, pilier de l'innovation mondiale, ne peut pas se permettre de s'effondrer sous le poids de la bureaucratie et du manque de vision. »