Le Parti démocrate américain semble avoir atteint un point de rupture dans sa relation avec Israël. Le 15 avril dernier, quarante sénateurs démocrates – dont plusieurs potentiels candidats à l’élection présidentielle de 2028 – ont voté contre le transfert d’armes vers l’État hébreu. Certains ont même déclaré qu’ils ne soutiendraient plus jamais de telles livraisons.

Des propositions se multiplient pour mettre fin à l’aide militaire américaine à Israël lorsque l’accord actuel de 38 milliards de dollars, valable dix ans, arrivera à échéance en 2028. Depuis des mois, le débat oppose ceux qui souhaitent distinguer les armes dites « offensives » (comme les bombes aériennes) des systèmes « défensifs » (comme le dôme de fer) et ceux qui prônent un rejet total de toute assistance militaire.

Certains estiment qu’Israël peut se procurer ses équipements par ses propres moyens, tandis que d’autres vont jusqu’à proposer une interdiction totale des ventes d’armes. Dans ce contexte, des candidats au Sénat reprennent sans critique les propos du streamer Hasan Piker, qui qualifie le Hamas de « mille fois meilleur qu’Israël » et multiplie les déclarations haineuses.

Les sondages, comme ceux de Harry Enten, confirment l’effondrement de la popularité d’Israël parmi les démocrates. Dans ce climat, les critiques légitimes envers la politique israélienne peinent à émerger face à la montée des discours extrêmes et des surenchères anti-israéliennes.

Un débat qui a perdu son équilibre

Pour rétablir un dialogue constructif, il est essentiel de rappeler quelques vérités fondamentales. D’une part, l’argument « Israël a toujours raison » est aussi fallacieux que son opposé, « Israël n’a jamais raison ».

Si vous cherchez des prises de position enflammées, les réseaux sociaux regorgent de contenus. En revanche, si vous souhaitez une analyse équilibrée et éclairée, des médias comme The Bulwark proposent des débats de qualité.

Israël : ce qui a changé, ce qui reste

Ces dix dernières années, Israël a connu des transformations majeures, mais certains éléments fondamentaux persistent.

Les fondements de l’existence d’Israël

L’État d’Israël reste un refuge pour le peuple juif, après des siècles de persécutions et l’horreur de la Shoah. Il incarne le droit à l’autodétermination dans sa terre historique. Cette réalité historique et morale ne peut être ignorée.

Israël, allié stratégique des États-Unis

Pendant des décennies, Israël a été un partenaire fiable et démocratique pour les États-Unis dans une région instable et géostratégiquement cruciale. Ses gouvernements passés ont œuvré, parfois avec succès, pour la paix avec ses voisins, y compris les Palestiniens. Mais cette image d’Israël pacifique et modéré appartient désormais au passé pour une grande partie des jeunes Américains.

Un virage à droite sous Netanyahu

Depuis 2009, les gouvernements dirigés par Benjamin Netanyahu ont progressivement glissé vers la droite. D’abord sceptiques quant à la paix avec les Palestiniens, ils s’opposent désormais catégoriquement à toute solution à deux États. Le gouvernement actuel, dominé par des ministres d’extrême droite, a pour priorité l’expansion des colonies, l’empêchement de la création d’un État palestinien et l’annexion de la Cisjordanie. Ces responsables ferment les yeux, voire encouragent, les violences des extrémistes israéliens contre les civils palestiniens en Cisjordanie.

Les échecs des négociations passées

Les tentatives de paix ont échoué non seulement en raison de l’intransigeance israélienne, mais aussi à cause du rejet palestinien de la légitimité d’Israël dans quelque frontière que ce soit, d’une direction palestinienne affaiblie et du terrorisme, notamment celui du Hamas.

Les attaques du 7 octobre ont marqué un traumatisme profond dans la société israélienne, même parmi ceux qui soutenaient autrefois la solution à deux États. La peur d’une répétition de ces violences a durci les positions et rendu toute discussion sur la paix encore plus difficile.

« Le débat actuel parmi les démocrates oscille entre des critiques légitimes et des discours extrêmes. Il est urgent de rétablir une discussion basée sur des faits et des nuances. »
Source : The Bulwark