La Maison-Blanche travaille actuellement sur des directives visant à permettre aux agences fédérales de contourner la désignation d'Anthropic comme risque pour la chaîne d'approvisionnement. Objectif : autoriser l'utilisation de ses modèles d'intelligence artificielle, y compris Mythos, son IA la plus avancée à ce jour, selon des sources proches du dossier.
Un revirement stratégique de l'administration Trump
Cette initiative marque un changement radical de position pour l'administration Trump. En effet, celle-ci avait précédemment qualifié Anthropic de menace grave pour la sécurité nationale, allant jusqu'à exiger son exclusion des systèmes gouvernementaux. Aujourd'hui, l'exécutif semble prêt à faire marche arrière, comme l'indique un projet d'action exécutive en préparation.
Un projet d'action exécutive en discussion
Deux sources ont confirmé à Axios l'existence d'un projet d'action exécutive en cours d'élaboration. Ce texte, qui s'inscrit dans le cadre plus large de l'utilisation de l'IA par le gouvernement, pourrait notamment offrir à l'administration un moyen de réduire les tensions autour d'Anthropic. L'un des objectifs affichés serait de « sauver la face et réintégrer l'entreprise », selon une source anonyme.
Des rencontres clés pour préparer le terrain
Le 10 septembre dernier, la cheffe de cabinet de la Maison-Blanche, Susie Wiles, et le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, ont rencontré le PDG d'Anthropic, Dario Amodei. Les deux parties ont qualifié cette réunion d'introductive et productive, évoquant les modalités d'une future collaboration entre l'entreprise et le gouvernement.
Parallèlement, la Maison-Blanche organise cette semaine des réunions avec des entreprises de divers secteurs. Ces échanges visent à informer le projet d'action exécutive et à établir les meilleures pratiques pour le déploiement de Mythos. Parmi les sujets abordés figurent des « lectures à table » de projets de directives, destinées à revenir sur la directive de l'Office of Management and Budget (OMB) interdisant l'utilisation d'Anthropic dans les administrations fédérales.
Réactions et positions officielles
« La Maison-Blanche continue de s'engager activement auprès du gouvernement et des acteurs industriels pour protéger notre pays et les Américains, y compris en collaborant avec les laboratoires d'IA de pointe. »
— Porte-parole de la Maison-Blanche
« L'effort collectif de tous les acteurs concernés bénéficiera in fine à notre économie et à notre pays. Toute annonce politique émanera directement du président. Tout le reste relève de la spéculation. »
Anthropic, de son côté, n'a pas souhaité réagir à ces informations.
Contexte : une relation complexe entre Anthropic et le Pentagone
Le Pentagone et la Maison-Blanche avaient initialement partagé une position commune contre Anthropic, tous deux dénonçant une entreprise jugée trop « woke ». Cependant, l'arrivée de Mythos, capable d'automatiser des cyberattaques mais aussi de renforcer les défenses, a tout changé. Les agences fédérales, dont le Pentagone, réclament désormais un accès à cette technologie, malgré les poursuites judiciaires en cours.
Actuellement, les agences gouvernementales peuvent toujours utiliser les modèles d'Anthropic en attendant l'issue du litige. Le National Security Agency (NSA) utilise même Mythos. Pourtant, cette rivalité a compliqué la coopération entre l'entreprise et le gouvernement.
Des divisions internes au sein du Pentagone
Plusieurs sources ont révélé à Axios que, si certains responsables du Pentagone restent fermement opposés à Anthropic, d'autres acteurs estiment que cette confrontation est contre-productive et cherchent une issue. Il reste à déterminer si les mesures envisagées par la Maison-Blanche permettront de résoudre le conflit avec le Pentagone ou se limiteront à faciliter l'accès des autres agences à Anthropic.
Même si le Pentagone devait lever la désignation de risque pour la chaîne d'approvisionnement — ce que certains au sein du Pentagone et d'Anthropic jugent probable à terme —, le différend de fond persisterait. Anthropic a en effet refusé de signer un accord autorisant le Pentagone à utiliser son modèle Claude « à toutes fins légales », exigeant notamment l'interdiction de son utilisation pour la surveillance de masse à l'intérieur des États-Unis ou le développement d'armes autonomes complètes. Le Pentagone, lui, considère que cette position démontre un manque de coopération de la part d'Anthropic.