Le film Le Diable s'habille en Prada 2, sorti récemment, s'appuie sur l'optimisme millénial tout en révélant de nouvelles formes d'inégalités. Vingt ans après le premier volet, cette suite interroge les promesses du capitalisme et les sacrifices qu'il exige, tout en célébrant paradoxalement ses excès.

Un conte de fées millénial devenu amer

Sorti en 2006, Le Diable s'habille en Prada incarnait l'un des grands contes de fées de la génération milléniale. À l'aube de la crise financière de 2008, le film proposait une fable subversive : Andrea « Andy » Sachs (Anne Hathaway), une jeune journaliste idéaliste, accepte un poste exigeant auprès de Miranda Priestly (Meryl Streep), rédactrice en chef impitoyable de Runway. Son objectif ? Tenir un an pour décrocher le poste de ses rêves sans vendre son âme ni trahir ses valeurs.

À l'époque, le message résonnait comme une promesse : travailler dur et rester fidèle à ses principes pouvait mener à une carrière épanouissante à New York, sans compromis moral. Pourtant, avec le recul, cette vision apparaît aujourd'hui teintée de naïveté. Comme beaucoup de contes de fées, le film révèle une réalité plus sombre : la réussite professionnelle exige souvent des sacrifices, et les valeurs personnelles sont mises à l'épreuve.

L'optimisme millénial face à la réalité

Pour la génération milléniale, Le Diable s'habille en Prada symbolisait l'espoir d'une carrière gratifiante, d'une vie personnelle équilibrée et d'un monde où le talent et l'effort étaient récompensés. Pourtant, les années qui ont suivi ont montré que le marché du travail était bien moins clément. La crise de 2008 a bouleversé les aspirations de millions de jeunes, et le secteur de la presse, déjà fragile, a subi des coupes massives. Malgré cela, le film a marqué toute une génération, y compris celle de son auteure, qui y voyait une source d'inspiration dans sa propre quête professionnelle.

« J’ai toujours eu un attachement particulier pour Le Diable s'habille en Prada, raconte-t-elle. Je l’ai vu plusieurs fois en salle, considéré comme un plaisir coupable, et je l’ai même possédé en version numérique. Pourtant, je n’ai jamais lu le roman original et je n’ai qu’un rapport très distant à la mode. Ce qui me touche, c’est l’histoire d’une jeune journaliste ambitieuse en 2006. À l’époque, j’étais moi aussi une journaliste en devenir, moins jeune et peut-être un peu plus cynique aujourd’hui. »

À sa sortie, le film a changé la façon dont elle envisageait ses ambitions, sa ville et son avenir. Si certaines de ces convictions ont évolué avec le temps, le message central – l'idée que le travail acharné et la persévérance peuvent mener à la réussite – reste ancré dans les esprits.

Une suite moins mordante, mais toujours optimiste

Vingt ans plus tard, Le Diable s'habille en Prada 2 revient sur les écrans. Comme le premier volet, il mise sur l'optimisme millénial, mais ses critiques envers l'argent, la société, l'art, le commerce et la beauté semblent moins acerbes. Le film semble avoir adouci ses angles, reflétant peut-être une réalité où les idéaux sont plus difficiles à défendre.

Pourtant, malgré cette évolution, le message reste le même : la quête de la réussite professionnelle est un parcours semé d'embûches, où chaque compromis peut sembler justifié par l'objectif final. Une réflexion qui résonne particulièrement dans un monde où le capitalisme et ses excès dominent toujours plus le paysage économique et culturel.

Ce que le film nous dit de notre époque

  • Le mythe de la réussite sans compromis : Le film interroge l'idée que l'on peut atteindre ses objectifs professionnels sans sacrifier ses valeurs ou ses relations personnelles.
  • La mode comme miroir de la société : À travers le monde impitoyable de Runway, le film dépeint une industrie où le succès se mesure à l'aune de l'apparence et de la conformité.
  • L'héritage des contes de fées modernes : Comme beaucoup de récits populaires, Le Diable s'habille en Prada offre une vision idéalisée du monde du travail, tout en révélant ses contradictions.

Conclusion : un film qui a marqué son époque

Quarante ans après sa sortie, Le Diable s'habille en Prada reste un film culte, symbole d'une génération en quête de sens et de réussite. Sa suite, bien que moins percutante, rappelle que les rêves de grandeur ont un prix, et que le chemin vers le succès est souvent pavé de dilemmes moraux.

Pour ceux qui l'ont vu en 2006, le film évoque une époque révolue, où l'optimisme était encore permis. Pour les nouvelles générations, il offre une perspective nostalgique sur un monde où le travail et les valeurs pouvaient, peut-être, coexister.

Source : Vox