Les médicaments agonistes du GLP-1, comme le sémaglutide (Wegovy, Ozempic) ou le liraglutide (Saxenda), sont de plus en plus prescrits pour la gestion du diabète de type 2 et la perte de poids. Cependant, une récente étude publiée dans JAMA Network Open alerte sur un risque accru de troubles alimentaires chez certains patients.

Les chercheurs ont analysé les données de plus de 2,5 millions de patients aux États-Unis et ont constaté que ceux sous traitement GLP-1 présentaient un taux plus élevé de diagnostics de troubles alimentaires, notamment d’anorexie, de boulimie et d’hyperphagie boulimique, par rapport à ceux sous d’autres traitements contre le diabète ou l’obésité.

Des effets secondaires psychologiques préoccupants

Les effets indésirables rapportés incluent des comportements restrictifs, des crises de frénésie alimentaire suivies de culpabilité, et une obsession malsaine pour la nourriture. Certains patients décrivent des sensations de contrôle excessif ou, à l’inverse, une perte totale de contrôle, entraînant des cycles de restriction et de compensation.

« Ces médicaments agissent sur les mêmes récepteurs cérébraux que ceux impliqués dans les troubles alimentaires, ce qui peut exacerber des tendances préexistantes ou en déclencher de nouvelles », explique le Dr. Jennifer Gaudiani, spécialiste des troubles alimentaires et coauteure de l’étude.

Qui est le plus à risque ?

Les femmes, en particulier celles ayant des antécédents de troubles alimentaires, semblent plus vulnérables. Les adolescents et jeunes adultes, dont le cerveau est encore en développement, sont également concernés. Les chercheurs soulignent que le risque est multiplié par trois chez les femmes de moins de 30 ans sous GLP-1.

Recommandations des experts

Face à ces constats, les spécialistes appellent à une vigilance accrue lors de la prescription de ces médicaments. Voici leurs principales recommandations :

  • Évaluation préalable : Un dépistage systématique des troubles alimentaires et des antécédents psychiatriques est essentiel avant toute prescription.
  • Suivi régulier : Les patients doivent être suivis de près, avec des consultations mensuelles pour évaluer leur état mental et leur relation avec la nourriture.
  • Éducation des patients : Informer les patients sur les risques potentiels et les signes avant-coureurs des troubles alimentaires (restriction excessive, culpabilité après les repas, etc.).
  • Approche pluridisciplinaire : Impliquer des diététiciens, des psychologues et des psychiatres dans le suivi des patients sous GLP-1.

Que faire en cas de symptômes ?

Si vous ou un proche présentez des signes de troubles alimentaires (perte de poids rapide, isolement, obsession pour la nourriture, etc.), consultez rapidement un professionnel de santé. Les centres spécialisés dans les troubles alimentaires, comme ceux de l’Association Française pour le Développement des Approches Spécialisées des Troubles du Comportement Alimentaire (AFDAS-TCA), peuvent apporter un soutien adapté.

« Les médicaments GLP-1 ne sont pas à bannir, mais leur utilisation doit être encadrée et personnalisée. La balance bénéfice-risque doit être soigneusement évaluée au cas par cas. » — Dr. Gaudiani

Le point de vue des autorités sanitaires

En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a déjà émis des alertes sur les effets secondaires des GLP-1, notamment sur les risques de pancréatite et de cancer médullaire de la thyroïde. Bien que les troubles alimentaires ne figurent pas encore parmi les effets indésirables officiellement reconnus, l’ANSM suit de près les données émergentes et pourrait mettre à jour ses recommandations.

Les patients et les professionnels de santé sont invités à signaler tout effet indésirable via le système de pharmacovigilance français.

Source : STAT News