Le monde du design n’a pas vu venir le choc, mais aurait dû. En avril dernier, Anthropic, l’entreprise derrière l’IA Claude, a dévoilé Claude Design, un outil de design autonome. Une initiative qui, malgré l’échec précédent de Google avec sa plateforme Stitch, a immédiatement suscité l’inquiétude. Car Anthropic, connue pour avoir révolutionné le développement produit en démocratisant le code via l’IA, s’attaquait désormais au design. Une menace directe pour les géants du secteur.
La réaction a été immédiate : les partenaires historiques d’Anthropic, comme Figma et Adobe, ont vu leurs actions chuter. Figma a perdu environ 7 %, tandis qu’Adobe reculait de 2,5 %. Une réaction classique en économie, mais qui prend une dimension particulière dans ce contexte. Car Figma, Adobe et Canva (privé) entretiennent des liens étroits avec Anthropic. Pourtant, aucun d’eux n’avait été prévenu de l’arrivée de ce concurrent.
Interrogés après l’annonce, les trois acteurs ont exprimé leur surprise. Même au sein des équipes produit de Figma et Adobe, personne n’avait eu vent du projet. Une situation qui illustre une tendance de plus en plus marquée : le design, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, semble se cannibaliser lui-même.
Des collaborations étroites, mais une concurrence féroce
Ce qui rend cette annonce si surprenante, c’est que les nouvelles entreprises d’IA frontalières ont, jusqu’ici, joué le jeu de la coopération avec les acteurs établis. Figma, Adobe et Canva collaborent depuis des années avec Anthropic pour intégrer Claude dans leurs outils, et vice versa. Une relation paradoxale : les plateformes de design ont besoin des meilleurs modèles d’IA pour enrichir leurs logiciels, tout en cherchant à s’imposer comme des acteurs incontournables dans un écosystème où les utilisateurs travaillent de plus en plus dans un flux alimenté par l’IA.
Pourtant, malgré ces partenariats, Anthropic a franchi une ligne en lançant son propre outil de design. Une décision qui a pris de court ses alliés. Quelques jours avant l’annonce, Mike Krieger, directeur produit d’Anthropic, a quitté le conseil d’administration de Figma. Dylan Field, cofondateur de Figma, a commenté avec ironie :
« Leurs communications n’étaient pas toujours transparentes. »Une remarque qui rappelle le limogeage de Sam Altman chez OpenAI.
Adobe et Figma minimisent l’impact, mais l’inquiétude persiste
Lors d’un échange en off, Adobe a réaffirmé sa bonne relation avec Anthropic, soulignant leurs collaborations récentes pour intégrer les flux de travail Adobe dans les modèles de langage d’Anthropic. Pourtant, l’entreprise n’a pas caché son malaise face à cette annonce. Figma, de son côté, a préféré ne pas commenter directement, mais l’inquiétude est palpable : comment concilier partenariat et concurrence dans un secteur en pleine mutation ?
Cette situation reflète une réalité plus large : l’IA redéfinit les règles du jeu, et les acteurs traditionnels doivent désormais composer avec des partenaires qui deviennent soudain des rivaux. Une ère où les « frenemies » (amis et ennemis à la fois) dominent le paysage technologique.