Le projet Project Freedom, une opération militaire américaine destinée à escorter les navires marchands hors du Golfe Persique, a été abandonné avant même son lancement officiel. Ce revers marque un tournant dans l'escalade des tensions entre Washington et Téhéran, alors que le détroit d'Ormuz reste un point de friction majeur depuis un mois.

Dimanche soir, le président américain Donald Trump avait annoncé le déploiement de moyens militaires pour faciliter le passage des navires bloqués dans la région, après la fermeture du détroit d'Ormuz consécutive aux hostilités entre les deux pays. Pourtant, mardi soir, Trump a fait marche arrière, déclarant que Project Freedom était « suspendu » et que les États-Unis maintiendraient leur blocus des ports iraniens.

Le lendemain matin, le président américain a ajouté une condition : la levée du blocus serait envisageable uniquement si l'Iran accepte les termes d'un accord déjà négocié, une hypothèse jugée peu probable par les observateurs. Il a également menacé de riposter par des frappes « d'une intensité bien supérieure à celle connue jusqu'à présent » en cas d'échec des discussions.

Dès mercredi matin, des responsables américains cités par Axios ont révélé que Washington était prêt à accepter un cadre de négociations pour une trêve. Selon ce projet, l'Iran rouvrirait progressivement le détroit d'Ormuz, tandis que les États-Unis lèveraient leur blocus. Les deux parties disposeraient de 30 jours pour finaliser un accord global, incluant des restrictions sur le programme nucléaire iranien en échange de la levée des sanctions économiques américaines. En revanche, le désarmement des forces de missiles iraniennes, pourtant présenté comme un objectif clé par l'administration Trump, ne figurerait pas dans les discussions.

Ces propositions reprennent étrangement celles avancées par l'Iran la semaine précédente – des termes que Trump avait rejetés avant d'annoncer Project Freedom. Depuis, la situation s'est encore dégradée : la marine américaine a escorté un navire à travers le détroit et coulé plusieurs vedettes iraniennes harcelant des cargos. En représailles, l'Iran a bombardé un terminal pétrolier aux Émirats arabes unis et tiré un missile de croisière sur un navire marchand, blessant plusieurs marins philippins.

Face à cette instabilité, l'industrie maritime a perdu confiance dans les garanties américaines. Résultat : aucun navire n'a transité par le détroit mardi, et des dizaines ont même choisi de contourner la zone par des routes plus longues.

« La sécurité du transport maritime et énergétique a été compromise par les États-Unis et leurs alliés, qui violent le cessez-le-feu et imposent un blocus illégal. »
Cette déclaration de Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et négociateur en chef, illustre l'impasse actuelle.

Après l'échec de Project Freedom, la marine iranienne a annoncé la possibilité d'un passage « sûr et stable » dans le détroit, sous réserve de nouveaux protocoles. Un site gouvernemental iranien a même été créé pour permettre aux armateurs de payer une rançon en échange d'un transit sécurisé.

Malgré ses déclarations belliqueuses, Donald Trump a montré des signes d'impatience tout au long du conflit. Depuis le début des hostilités jusqu'au cessez-le-feu actuel, il a multiplié les déclarations optimistes, affirmant publiquement et en privé que l'Iran plierait en quelques jours. Face à cette stratégie, les dirigeants iraniens ont adopté une posture plus agressive, forçant Washington à choisir entre une escalade coûteuse ou des concessions qu'il avait promises de ne jamais faire.

Après l'échec des premières négociations en avril, Trump avait ordonné à la marine américaine de bloquer toute sortie des ports iraniens. L'objectif ? Priver Téhéran de ses revenus d'exportation. Mais cette mesure, loin de faire plier l'Iran, a conduit à une spirale de violences et à une impasse diplomatique.

Source : Reason