Des systèmes conçus pour la sécurité, mais pas sur nos routes
Aux États-Unis, 11 accidents de voiture ont lieu chaque minute. D’ici la fin de cette phrase, plusieurs collisions auront eu lieu, certaines probablement mortelles. Dans le domaine de l’aviation civile, seulement 1 200 crashes impliquant des avions américains sont recensés chaque année, avec très peu de victimes. Pourtant, plus de 5 500 avions évoluent simultanément dans l’espace aérien américain aux heures de pointe.
La différence ? L’espace aérien est conçu pour la sécurité. Les avions communiquent en temps réel entre eux et avec les tours de contrôle. Personne ne peut « choisir de ne pas participer ». Nos routes, elles, fonctionnent différemment. Plus de 280 millions de véhicules y circulent aux côtés de camions, vélos et piétons, sans système de communication systématique. Ce n’est pas un échec des conducteurs ou de la technologie, mais un problème de conception d’infrastructure.
L’infrastructure, clé d’une sécurité routière efficace
Qui n’a jamais attendu à un carrefour bondé ? Les routes sont des systèmes ouverts, soumis à des variables infinies : météo, piétons, conducteurs distraits, infrastructures vieillissantes. La communication entre véhicules est minimale, et l’infrastructure reste largement silencieuse. C’est dans cette faille que se produisent les collisions mortelles.
« Pourquoi accepter un niveau de danger sur nos routes que nous ne tolérerions jamais dans les airs ? »
Cette question, je me la suis posée après avoir perdu un proche dans un accident de voiture. Plus tard, en tant que professionnel, j’ai réalisé que cette tragédie n’était pas isolée. L’aviation nous montre une voie claire : la sécurité naît d’une communication obligatoire et d’un système partagé, et non de la capacité de chaque véhicule à « se débrouiller seul ».
Ce que l’aéronautique peut nous apprendre
Dans l’aéronautique, la sécurité est intégrée dès la conception. Pendant mes années de recherche au MIT, en collaboration avec la NASA et la Marine américaine, une évidence s’est imposée : aucun avion ne fonctionne en isolation. Que ce soit dans le contrôle aérien traditionnel ou dans les systèmes modernes de gestion des drones, la sécurité repose sur la connectivité et le partage constant d’informations.
Les avions partagent en permanence leur position et leurs mouvements via des systèmes de détection et de communication standardisés. Les plans de vol et les règles opérationnelles permettent aux systèmes au sol de comprendre les intentions et de prédire les trajectoires. Résultat : une vision partagée et en temps réel de l’espace aérien. Les humains et les systèmes automatisés peuvent ainsi détecter les conflits précocement, coordonner les décisions et résoudre les risques bien avant que les trajectoires ne se croisent.
Cette conscience partagée explique pourquoi les quasi-collisions en vol dégénèrent rarement en catastrophes.
Vers des routes plus sûres grâce à l’intelligence infrastructurelle
Si nous pouvons concevoir des systèmes sûrs pour des avions volant à des centaines de kilomètres par heure, pourquoi ne pas appliquer les mêmes principes à des routes où la vitesse est limitée à 30 ou 50 km/h ? Aujourd’hui, la plupart des systèmes de trafic réagissent après qu’un problème survienne. Les systèmes prédictifs, eux, interviennent avant que le conflit n’éclate.
L’enjeu ? Intégrer des capteurs et des modèles d’IA capables de voir les intersections et autoroutes, de comprendre les interactions entre véhicules, piétons et autres usagers, et de prédire les risques avant qu’ils ne se matérialisent. La sécurité ne doit plus dépendre uniquement du comportement des conducteurs, mais d’une infrastructure intelligente et proactive.
Conclusion : repenser la sécurité routière pour sauver des vies
Les avancées technologiques en aéronautique prouvent qu’une sécurité systémique est possible. Il est temps d’appliquer ces mêmes principes à nos routes. Une infrastructure conçue pour la prévention, dotée de communication en temps réel et de systèmes prédictifs, pourrait réduire drastiquement le nombre d’accidents. La question n’est plus de savoir si c’est possible, mais quand nous déciderons d’agir.