Les amateurs d’automobiles raffolent des films centrés sur les voitures. Entre films de braquage, road movies, courses effrénées et biographies de constructeurs, le genre regorge de récits captivants. Parmi les plus marquants figure *Tucker : l’homme et son rêve* (1988), réalisé par Francis Ford Coppola (*Le Parrain*, *Apocalypse Now*).

Ce long-métrage retrace l’épopée de Preston Thomas Tucker, entrepreneur visionnaire qui, après la Seconde Guerre mondiale, tenta de lancer sa propre marque automobile. Malgré des innovations révolutionnaires, son projet fut saboté par des forces obscures et des accusations de fraude, ne lui laissant que 50 exemplaires de sa Tucker 48, plus un prototype.

L’histoire de Tucker a été maintes fois documentée, mais voici l’essentiel : Preston Tucker rêvait de concevoir une voiture axée sur la sécurité des passagers, une idée radicale pour les années 1940. Son projet initial incluait un design aérodynamique, un moteur arrière, l’injection électronique, des freins à disque, des ceintures de sécurité, un tableau de bord rembourré, des instruments encastrés, une « chambre de sécurité » pour protéger les occupants, des pare-brise incassables, une suspension en caoutchouc, des ailes avant pivotant avec la direction, et bien d’autres innovations.

Certaines technologies, comme l’injection électronique et les freins à disque, furent jugées trop complexes pour l’époque. D’autres furent modifiées, comme les ailes pivotantes, remplacées par un phare central orientable. D’autres encore furent abandonnées pour des raisons marketing, comme les ceintures de sécurité, jugées trop anxiogènes pour les clients potentiels. Malgré ces compromis, le moteur arrière à six cylindres à plat et de nombreuses idées de Tucker survécurent.

Contre toute attente, la Tucker 48 entra en production dès 1947, commercialisée comme modèle 1948. Pour concrétiser ce rêve, la Tucker Corporation obtint un bail sur l’ancienne usine Dodge de Chicago, où étaient assemblés les bombardiers B-29 pendant la guerre. Concevoir et produire une voiture entièrement nouvelle s’avéra un défi colossal, et la Tucker Corporation ne survécut pas à la concurrence impitoyable du marché automobile d’après-guerre.

Les raisons de son échec font encore débat. Certains accusent une conspiration entre les trois grands constructeurs de Détroit, le sénateur du Michigan Homer Ferguson et la SEC, visant à étouffer les idées novatrices. D’autres pointent les méthodes douteuses employées par Tucker et son équipe pour lever des fonds, comme la vente de postes de radio et de valises pour réserver des voitures avant même leur fabrication. Quelles qu’en soient les causes, Tucker et plusieurs de ses collaborateurs furent inculpés pour fraude au début de 1949, mettant un terme définitif à l’aventure après seulement 36 véhicules produits. Une poignée de passionnés resta cependant fidèle à son héritage.

Source : Hagerty