Un milliardaire américain propose une solution radicale pour réguler les marchés financiers : légaliser le délit d'initié. Dans un entretien accordé au podcast Odd Lots de Bloomberg, Thomas Peterffy, fondateur et président d'Interactive Brokers Group, a défendu l'idée que les tentatives d'interdiction de cette pratique sont inefficaces. Selon lui, mieux vaut autoriser l'accès à toutes les informations dès leur disponibilité pour permettre aux prix des actifs de s'ajuster naturellement.
Une proposition controversée
Peterffy n'a pas présenté son argument comme une manœuvre pour enrichir davantage les élites, mais comme un moyen d'améliorer le fonctionnement de la société.
« Je suis favorable à l'absence totale de règles contre le délit d'initié. Je souhaite que toutes les informations soient rendues publiques dès qu'elles sont disponibles. »Il ajoute :
« En tant que société, nous sommes mieux lotis lorsque nous disposons le plus tôt possible de toutes les informations accessibles. »
Des conflits d'intérêts évidents
Cette prise de position soulève des questions légitimes, d'autant plus que la société de Peterffy, Interactive Brokers, possède ForecastEx, une plateforme de prédiction permettant de parier sur des événements réels, comme des élections ou des indicateurs économiques. Les marchés de prédiction sont régulièrement pointés du doigt pour leur rôle potentiel dans le délit d'initié, notamment lorsqu'ils permettent à des individus en position de pouvoir de tirer profit d'informations privilégiées.
Parmi les exemples récents les plus frappants, on peut citer le cas de Polymarket, une plateforme concurrente de ForecastEx. En janvier 2023, un compte anonyme, créé quelques heures seulement avant l'invasion américaine au Venezuela, a remporté plus de 400 000 dollars en pariant sur la chute du président Nicolás Maduro. Les soupçons de manipulation par des initiés, notamment des militaires ou des responsables gouvernementaux, ont été largement évoqués.
Cette semaine, une nouvelle polémique a émergé après qu'une cinquantaine de comptes sur Polymarket ont placé des paris très précis sur un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, annoncé le 7 avril. Malgré les menaces de Donald Trump envers l'Iran, ces comptes ont réalisé des profits dépassant 200 000 dollars pour l'un d'eux, et 48 500 dollars pour un autre, créé seulement douze minutes avant l'annonce officielle.
Une logique contestable
Interrogé sur ces pratiques suspectes, Peterffy n'a pas directement réagi. Cependant, son argumentaire suggère qu'il serait favorable à une transparence totale, y compris dans les cas de délit d'initié. Il a illustré son propos avec un exemple hypothétique de fusion d'entreprises :
« Les secrétaires, les avocats, tout le monde est au courant. Ils rentrent chez eux et en parlent à leur conjoint. L'information finit toujours par filtrer. Pourquoi ne pas supprimer les règles et laisser l'information circuler librement dès que possible ? »
Cette position soulève des inquiétudes quant aux risques de manipulation et d'enrichissement illégitime. Les marchés de prédiction, déjà sous surveillance, pourraient devenir des terrains propices à des abus si le délit d'initié était légalisé.
Les limites d'une telle approche
Les critiques rappellent que le délit d'initié, même légalisé, favoriserait une inégalité structurelle entre les investisseurs. Les initiés, disposant d'informations privilégiées, pourraient systématiquement tirer profit des marchés au détriment des petits investisseurs. Par ailleurs, la légalisation de cette pratique risquerait d'éroder la confiance dans les marchés financiers, déjà fragilisée par des scandales répétés.
Face à ces enjeux, la proposition de Peterffy divise. Si certains y voient une opportunité d'améliorer la transparence, d'autres y perçoivent un danger pour l'équité et l'intégrité des marchés.