L’ouverture de « The Lost Boys », la nouvelle comédie musicale vampirique à Broadway, tombe à un mauvais moment. Quelques jours plus tôt, le revival de « The Rocky Horror Show », culte depuis un demi-siècle, a fait son retour sur scène. Or, ce dernier a clairement volé la vedette à la nouvelle venue.
Dans « The Rocky Horror Show », Frank-N-Furter incarnait un vampire ouvertement bisexuel, brisant les tabous dès les années 1970. Même « Dracula » de Bram Stoker, publié en 1897, laissait entrevoir une attirance homosexuelle entre le comte et Jonathan Harker. Les trois vampires féminins du château n’étaient que des leurres pour masquer ses véritables désirs. Frank-N-Furter, lui, assumait pleinement son identité : il créait un compagnon, Rocky, et ne séduisait Janet que pour approcher Brad.
Face à ce personnage iconique, « The Lost Boys » peine à se démarquer. La comédie musicale, adaptée du film culte de 1987, met en scène deux vampires principaux dès le début. David (Ali Louis Bourzgui), inspiré de Kiefer Sutherland, arbore une chevelure blonde décolorée et une barbe imposante, tandis qu’il mène un groupe de vampires masculins partageant un repaire underground. Pourtant, les auteurs David Hornsby et Chris Hoch semblent hésiter sur son orientation : David pousse Star (Maria Wirries) à séduire Michael (LJ Benet), le nouvel arrivant en ville.
Michael arrive avec sa mère, Lucy (Shoshana Bean), et son jeune frère, Sam (Benjamin Pajak), après avoir fui un père violent (Ben Crawford). Contrairement au film où la mère est divorcée, la comédie musicale en fait une famille en fuite, renforçant l’angoisse et l’isolement des personnages. Cette dynamique alimente les meilleures chansons du spectacle, comme « Belong to Someone », où Michael envisage de rejoindre le groupe de vampires, ou « Wild », où Lucy évoque sa vie d’avant.
Benet et Bean livrent des performances vocales remarquables, et les titres signés par le groupe The Rescues (Kyler England, Adrianne « AG » Gonzalez et Gabriel Mann) s’avèrent globalement convaincants. Cependant, certaines compositions, comme le solo de Star « War », frôlent le cliché. Wirries peine à incarner une héroïne crédible, tandis que Benet oscille entre colère et désespoir, sans jamais vraiment convaincre.