Une affaire majeure sur les mandats géolocalisés

La Cour suprême des États-Unis a tenu ce matin des arguments oraux dans l'affaire Chatrie c. États-Unis, un dossier clé concernant la légalité des mandats géolocalisés. Ces mandats permettent aux autorités d'obtenir les données de localisation d'un appareil via des services comme Google, sans cibler directement un suspect.

Les juges penchent en faveur d'une interprétation constitutionnelle

D'après l'analyse des débats, les magistrats semblent peu enclins à considérer que les mandats géolocalisés soient automatiquement inconstitutionnels. Ils pourraient plutôt statuer que ces mandats peuvent être rédigés de manière conforme à la Constitution, rejetant ainsi la position adoptée par la Cour d'appel du 5e circuit dans l'affaire Smith.

Les juges pourraient également imposer des limites temporelles et spatiales strictes pour encadrer ces mandats. Les détails concrets pourraient être laissés à l'appréciation des tribunaux inférieurs.

Un débat sur la procédure en plusieurs étapes

Certains magistrats, dont les juges Sotomayor et Jackson, ont souligné la nécessité de nouveaux mandats pour chaque étape du processus utilisé par Google pour fournir ces données. Cependant, il n'est pas certain que la majorité de la Cour aille aussi loin dans son raisonnement.

La question de la notion de « recherche » reste en suspens

Les juges n'ont pas clairement tranché sur la question de savoir si l'accès aux données de localisation constitue une « recherche » au sens constitutionnel. Il est probable que la Cour parte du principe qu'une recherche a bien eu lieu, mais se concentre plutôt sur la légalité du mandat lui-même.

Une partie des débats a porté sur la protection des données stockées dans le cloud, comme les calendriers ou les photos. Le gouvernement a reconnu que ces données pourraient être protégées si elles sont considérées comme des « enregistrements de contenu » sous le contrôle direct de l'utilisateur, à l'instar d'un coffre-fort virtuel.

Le gouvernement adopte une position conciliante

Contrairement aux attentes, le gouvernement n'a pas vigoureusement contesté certains arguments avancés par la défense, notamment sur le caractère maximaliste de ses revendications ou les difficultés pratiques liées à l'obtention de mandats. Cette attitude pourrait refléter une stratégie de préservation de sa victoire potentielle sur la question de la validité du mandat.

Il est important de noter que la jurisprudence Smith v. Maryland établit que la divulgation volontaire d'informations depuis un domicile ne constitue pas une recherche. Par ailleurs, l'obtention de mandats pour les données de localisation historique ne pose pas de problème pratique, car cette technologie n'est plus disponible et la cause probable n'a pas été contestée à l'époque où elle l'était encore.

Les enjeux futurs : d'autres types de données en ligne

À l'avenir, ce sont surtout les autres types de données en ligne qui pourraient être concernés, comme les journaux d'accès IP ou les connexions à des services. Ces données, déjà considérées par les tribunaux inférieurs comme ne nécessitant pas de mandat, pourraient voir leur régime juridique bouleversé si la Cour venait à statuer sur la notion de « recherche ».

Les observateurs s'attendent à ce que la décision finale ait un impact significatif sur les pratiques d'enquête numérique aux États-Unis.

Source : Reason