L’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), successeur de l’ALÉNA, est aujourd’hui sous une pression inédite depuis son entrée en vigueur. Une révision obligatoire, prévue pour le 1er juillet, doit décider de son extension pour 16 ans. Pourtant, au lieu d’un simple exercice technique, les relations entre les trois partenaires se dégradent rapidement, avec un risque réel d’effondrement de l’accord.

Un système économique en danger

L’AEUMC a permis de structurer les chaînes d’approvisionnement nord-américaines, rendant les voitures plus abordables, le pétrole brut accessible aux raffineries du Midwest et le gaz naturel disponible sur la côte Ouest. Son affaiblissement aurait des conséquences économiques majeures, alors que les entreprises ont investi des décennies dans ces réseaux intégrés.

Une grande partie du commerce américain reste protégée grâce à l’AEUMC, limitant l’impact des tensions commerciales. Pourtant, les désaccords actuels entre Washington et Ottawa pourraient tout remettre en cause.

Les tensions au cœur des débats

Le principal point de friction concerne l’influence de la Chine. Les États-Unis cherchent à empêcher Pékin d’utiliser le Mexique ou le Canada comme porte d’entrée vers le marché nord-américain. Cette position irrite particulièrement Ottawa, qui a récemment conclu un accord commercial partiel avec la Chine.

À cela s’ajoutent d’autres sujets de discorde, comme l’interdiction par plusieurs provinces canadiennes d’importer des vins et spiritueux américains, en représailles aux tarifs douaniers imposés par l’administration Trump.

Les déclarations qui enveniment la situation

« Deux pays ont riposté économiquement contre les États-Unis ces douze derniers mois : la Chine et le Canada. »

Jamieson Greer, responsable commercial des États-Unis

Les négociations, actuellement bilatérales, excluent de plus en plus le Canada. Les États-Unis discutent directement avec le Mexique, laissant Ottawa de côté. Cette stratégie soulève des craintes d’un éclatement de l’accord trilatéral en deux traités distincts.

« Nous avons des problèmes avec le Mexique, mais ce pays est prêt à trouver un accord avec nous. »

Rick Switzer, représentant adjoint au Commerce des États-Unis

Switzer a également critiqué la gestion canadienne, évoquant l’absence de « personnes responsables » à la tête du pays, en référence à Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada devenu Premier ministre l’an dernier.

L’héritage de l’AEUMC et son avenir incertain

L’AEUMC, signé en 2020, a conservé l’architecture de l’ALÉNA tout en y apportant des modifications. Il a notamment protégé les États-Unis des mesures protectionnistes en exemptant une grande partie des importations mexicaines et canadiennes des tarifs élevés de l’administration Trump.

Pourtant, son avenir est aujourd’hui compromis. Une analyse récente de Jefferies estime que les chances de renouvellement de l’accord sont de plus en plus minces, surtout si les tensions persistent.

Un enjeu bien plus large

L’AEUMC a permis de créer l’une des économies les plus intégrées au monde. Son effondrement pourrait non seulement perturber les chaînes d’approvisionnement, mais aussi fragiliser les relations commerciales entre les trois pays. La question n’est plus seulement de savoir si l’accord sera renouvelé, mais s’il survivra à un second mandat de l’administration actuelle.

Source : Axios