Une enquête récente du Washington Post a révélé l’existence d’un phénomène inquiétant : le « degree hacking ». Des étudiants parviennent à obtenir des licences et masters accrédités en quelques semaines, voire quelques jours, au lieu de plusieurs années. Certains dépensent à peine 4 000 euros pour décrocher deux diplômes. D’autres enchaînent jusqu’à 16 cours universitaires en 22 jours seulement.
Cette tendance a donné naissance à une véritable industrie parallèle. Des coachs sur YouTube et des consultants proposant des forfaits à 1 500 euros aident les candidats à contourner le système. Les responsables universitaires s’alarment, certains organismes d’accréditation menacent d’enquêter, et des forums Reddit dédiés aux étudiants ont dû créer des sous-forums pour gérer les tensions entre les étudiants traditionnels et ces « speed-runners » du diplôme.
Pourtant, cette situation ne surprend pas tout le monde. Certains observateurs, dont l’auteur de ces lignes, alertent depuis des années sur les limites du système actuel. En 2018, un article intitulé « Briser l’emprise du diplôme » soulignait déjà l’inadéquation entre les exigences des employeurs et la réalité du marché du travail.
Le diplôme, un filtre inefficace pour évaluer les compétences
Selon des recherches menées par Joseph Fuller, professeur à Harvard, 67 % des offres d’emploi pour des postes de superviseur de production exigeaient un diplôme en 2018, alors que seulement 16 % des personnes occupant ces postes en possédaient un. Fuller parlait alors de « l’inflation des diplômes ».
Cette pratique a des conséquences dramatiques. Elle exclut des millions de candidats qualifiés, notamment parmi les minorités. 83 % des candidats latinos et 80 % des candidats afro-américains étaient écartés des postes de niveau débutant en raison de cette exigence. Les étudiants s’endettent pour obtenir des diplômes qui, dans de nombreux cas, ne correspondent pas aux compétences réellement recherchées par les employeurs.
Le diplôme est devenu un raccourci pratique : un filtre rapide pour trier les candidatures sans avoir à se poser la question des compétences réelles nécessaires. Mais ce raccourci repose sur une confusion dangereuse : le diplôme n’est pas une mesure de la compétence.
Ce que le diplôme est censé représenter (et ce qu’il ne représente pas)
Un diplôme de licence suggère généralement qu’une personne est capable de fournir un effort soutenu, de lire et d’écrire correctement, d’être fiable et de travailler dans un cadre institutionnel. Dans les universités sélectives, il signale aussi que le candidat a été sélectionné parmi une élite. Ces qualités sont utiles en entreprise.
Pourtant, ce que mesure réellement un diplôme, ce sont des heures de présence en cours, des crédits obtenus et la validation d’un programme conçu avant tout pour les intérêts académiques des enseignants, et non pour les besoins concrets des employeurs.
Le diplôme est un contrat entre un étudiant et une institution. L’employeur, lui, n’est qu’un tiers qui, par convention, accepte de lui accorder une valeur. Mais lorsque des étudiants obtiennent un diplôme accrédité en huit semaines, ils démontrent que le système actuel est détachable de sa durée traditionnelle.
Une remise en question nécessaire du système éducatif
Cette tendance interroge la pertinence des diplômes comme critère d’embauche. Si des compétences peuvent être acquises en quelques semaines, pourquoi les employeurs continuent-ils à exiger des années d’études ? La réponse réside peut-être dans l’inertie des pratiques de recrutement et dans la difficulté à évaluer objectivement les compétences réelles des candidats.
Certains secteurs commencent à réagir. Des entreprises adoptent des méthodes d’évaluation alternatives, comme les tests pratiques, les projets concrets ou les certifications professionnelles. Ces approches permettent de mesurer directement les compétences, sans se fier à un diplôme dont la valeur s’érode de plus en plus.
« Le diplôme n’est plus un gage de compétence. Il est temps de repenser les critères de recrutement pour se concentrer sur ce qui compte vraiment : les savoir-faire et les savoir-être. »
Vers une nouvelle ère du recrutement ?
Le « degree hacking » pourrait bien être le catalyseur d’un changement profond dans le monde du travail. Les employeurs, confrontés à cette réalité, n’auront d’autre choix que d’adapter leurs exigences. Les universités, de leur côté, devront repenser leurs programmes pour les aligner sur les besoins du marché.
Une chose est sûre : le système actuel, basé sur des diplômes souvent déconnectés des compétences réelles, est en train de s’effriter. Reste à savoir si les entreprises sauront saisir cette opportunité pour innover dans leurs méthodes de recrutement.