Le Geai des chênes de Floride, un oiseau emblématique et menacé, est au centre d’un procès qui pourrait affaiblir la protection des espèces en danger aux États-Unis. Ce passereau, le seul oiseau endémique de Floride, est protégé par la loi fédérale sur les espèces menacées depuis des décennies. Pourtant, un propriétaire terrien conteste cette protection, avec des conséquences potentielles bien au-delà de l’État.

Un oiseau unique et protégé

Le Geai des chênes de Floride (Aphelocoma coerulescens) est un oiseau sociable et reconnaissable, souvent décrit comme l’un des plus charmants de l’État. Contrairement à d’autres espèces emblématiques comme le lamantin ou le cerf de Key, il est moins connu du grand public. Pourtant, sa protection est cruciale : il est classé comme menacé depuis 1987 sous l’Endangered Species Act.

Son habitat, les forêts de chênes et de broussailles de Floride, est de plus en plus menacé par l’urbanisation. Les propriétaires fonciers doivent souvent payer des frais élevés pour obtenir des permis de construction dans ces zones. C’est précisément ce qui a poussé Michael Colosi, un entrepreneur originaire du New Jersey, à contester la protection du Geai des chênes.

Un procès aux enjeux nationaux

En 2024, Colosi a acheté un terrain de cinq acres à Punta Gorda, en pleine zone habitée par le Geai des chênes. Pour construire sa maison, il devait payer une redevance à la comté de Charlotte, conformément aux règles de protection de l’espèce. Au lieu de s’acquitter de cette somme, il a décidé de porter l’affaire en justice, avec l’aide de la Pacific Legal Foundation, une organisation connue pour ses positions en faveur des droits des propriétaires.

Ses avocats avancent un argument controversé : selon eux, le Geai des chênes ne devrait pas être protégé par la loi fédérale, car il ne vit qu’en Floride. Or, la Endangered Species Act s’applique aux espèces menacées sur l’ensemble du territoire américain, impliquant plusieurs États. En contestant cette protection, Colosi pourrait, s’il gagne, ouvrir la porte à des recours similaires contre d’autres espèces protégées.

« C’est un argument dangereux, non seulement pour le Geai des chênes, mais pour toutes les espèces menacées aux États-Unis. »

Aaron Bloom, avocat de Earthjustice, qui représente plusieurs groupes environnementaux dans cette affaire.

Un symbole de la Floride en danger

Le Geai des chênes est bien plus qu’un simple oiseau pour les Floridiens. Depuis des années, il est proposé comme oiseau officiel de l’État, en remplacement du moqueur polyglotte, actuel symbole. Cependant, cette initiative a toujours été bloquée, notamment par Marion Hammer, lobbyiste influente de la National Rifle Association.

Hammer a critiqué à plusieurs reprises l’idée, qualifiant les Geais des chênes de « paresseux » en raison de leur habitude de quémander de la nourriture aux humains. « Ce n’est pas de la gentillesse, c’est de la dépendance », avait-elle déclaré.

La science au service de la protection

La plupart des connaissances sur le Geai des chênes proviennent de la Station biologique d’Archbold, située près de Venus, en Floride centrale. Depuis plus de 50 ans, des scientifiques y étudient cet oiseau, ce qui en fait l’une des études les plus longues au monde sur une espèce aviaire.

Les chercheurs ont démontré que le Geai des chênes joue un rôle écologique clé, notamment dans la dispersion des graines et le maintien de la biodiversité. Sa disparition aurait des conséquences imprévisibles sur les écosystèmes floridiens.

Un combat qui dépasse la Floride

Si Michael Colosi l’emporte, ce procès pourrait avoir des répercussions bien au-delà de la Floride. Des associations environnementales, dont Earthjustice, ont déjà pris position pour défendre la protection du Geai des chênes. Elles craignent que cette affaire ne serve de précédent pour contester la protection d’autres espèces menacées, comme le loup rouge ou le condor de Californie.

Pour l’instant, le Geai des chênes reste protégé, mais ce procès rappelle les tensions constantes entre développement économique et préservation de la biodiversité. Une issue favorable à Colosi pourrait affaiblir un pilier de la protection environnementale aux États-Unis.