Dans le dernier épisode de la série Hacks, l’humoriste légendaire Deborah Vance, interprétée par Jean Smart, se voit proposer par un investisseur d’utiliser sa bibliothèque de spectacles pour alimenter un outil comique basé sur l’intelligence artificielle. Après une réflexion sur les implications morales et éthiques de cette technologie, Deborah finit par refuser catégoriquement. *« Pourquoi vouloir optimiser le processus créatif ? »* lance-t-elle à l’investisseur dans une réplique qui résonne comme un avertissement. *« C’est justement l’une des rares choses que nous avons comprises. »*

Cette scène, aussi pertinente que percutante, s’adresse directement aux dirigeants d’Hollywood et aux acteurs de la tech, qui ont massivement adopté l’IA malgré les réticences de l’industrie du divertissement. Si l’intelligence artificielle reste un sujet controversé à Hollywood, elle devient aussi un terrain fertile pour les scénaristes, qui l’intègrent dans leurs récits pour explorer les angoisses de la société – et les leurs. Des séries comme Hacks ou The Comeback en font désormais un thème central, reflétant les débats qui agitent le cinéma, la médecine, l’éducation et même les conversations quotidiennes.

Les séries télévisées ont toujours joué un rôle clé dans la diffusion d’idées nouvelles auprès du grand public : The Jeffersons a mis en lumière les familles noires aisées, Ellen DeGeneres a révélé son homosexualité dans sa sitcom des années 1990, et Gilmore Girls a célébré les avancées technologiques comme Google dans les années 2000. Même The Comeback, série culte pour sa réflexion nuancée sur les médias, avait exploré dès 2005 l’impact de la téléréalité sur Hollywood. En 2026, c’est l’IA qui occupe le devant de la scène.

*« Hollywood suit toujours l’argent, et l’argent dépend de l’audience. Quand nous pensions que la téléréalité était la fin du récit traditionnel, c’était une réalité »*, explique Michael Patrick King, co-créateur de The Comeback, dans une interview accordée à TheWrap. *« Finalement, elle n’a été qu’une aile supplémentaire de la maison télévision, et nous avons connu ce qu’on appelle le second âge d’or des séries narratives. Nous ne savons pas ce qui nous attend, mais une chose est sûre : l’IA est là. »*

Des craintes anciennes, un débat toujours actuel

Ces inquiétudes ne datent pas d’hier. Lors de la grève de la Writers Guild of America (WGA) il y a trois ans, les scénaristes avaient milité pour des protections contre l’IA, craignant que cette technologie ne menace leurs emplois et leurs principes éthiques. Bien qu’ils aient obtenu des garde-fous dans leur nouveau contrat avec les studios, beaucoup à Hollywood ressentent toujours une menace latente. TheWrap a interrogé plusieurs scénaristes et showrunners sur leur décision d’intégrer l’IA dans leurs récits, révélant des approches variées : certains ont choisi de donner la parole à leurs personnages pour exprimer leurs propres craintes, tandis que d’autres ont simplement cherché le moyen le plus pertinent de faire avancer leurs histoires.

L’IA à l’écran : entre humour et réflexion

Jen Statsky, co-créatrice de Hacks, admet que l’intégration de l’IA dans la série était *« effrayante »* en raison de son évolution constante. Pourtant, elle estime que cette thématique correspondait parfaitement aux préoccupations de Deborah Vance et d’Ava, son personnage de scénariste progressiste interprété par Hannah Einbinder. Sur les cinq saisons de la série HBO Max, Hacks a souvent mis en scène un dialogue générationnel, où Deborah, figure de l’ancienne garde, aborde des enjeux comme le changement climatique, tandis qu’Ava incarne une vision plus moderne et engagée. L’IA s’inscrit naturellement dans ce débat, reflétant les tensions entre tradition et innovation qui traversent l’industrie du divertissement.

Source : The Wrap