La quête de la minceur aux États-Unis ne date pas d’hier. L’obsession collective pour un corps mince dépasse le simple idéal social : elle s’apparente presque à une religion. Pourtant, dans un pays où l’amélioration de soi par l’effort est valorisée, la révolution des traitements amaigrissants GLP-1, qui promettent des résultats rapides sans la souffrance associée à la méthode « no pain, no gain », dérange.
C’est ce que suggère une étude récente de l’Université Rice, publiée le mois dernier dans l’International Journal of Obesity. Malgré l’efficacité impressionnante des médicaments comme Ozempic, Wegovy ou Zepbound, et malgré les éloges souvent adressés aux résultats spectaculaires, l’entourage pourrait bien vous juger différemment si vous avez repris du poids après en avoir perdu grâce à ces traitements.
Le paradoxe GLP-1
Les chercheurs ont interrogé des participants pour évaluer leur perception des personnes ayant perdu du poids grâce aux GLP-1, comparées à celles ayant utilisé uniquement le régime et l’exercice, ou n’ayant pas perdu de poids du tout. Les résultats sont sans appel : les utilisateurs de GLP-1 sont jugés plus sévèrement que les autres. Pire encore, ils sont même plus critiqués que ceux qui n’ont pas perdu de poids.
« Nous nous attendions à un certain stigma autour de l’utilisation des GLP-1, mais l’ampleur de celui-ci nous a surpris », déclare Erin Standen, coauteure de l’étude et professeure adjointe en sciences psychologiques à l’Université Rice. Les chercheurs parlent même d’un « paradoxe GLP-1 » : la perte de poids via ces médicaments s’accompagne d’un jugement plus fort que l’absence totale de perte de poids.
Le stigma ne disparaît pas avec la perte de poids, il change simplement de forme.
Pourquoi ce jugement accru ?
Plusieurs facteurs expliquent cette réaction négative. D’abord, l’idée que la perte de poids doit être méritée par l’effort et la discipline reste ancrée dans la culture américaine. Ensuite, l’utilisation de médicaments pour maigrir est parfois perçue comme une solution « facile » ou « artificielle », en opposition à la méthode traditionnelle du régime et de l’exercice. Enfin, la reprise de poids après l’arrêt du traitement renforce le sentiment de jugement, car elle est souvent interprétée comme un échec personnel.
Les chercheurs soulignent que ce paradoxe reflète une réalité complexe : la minceur n’est pas toujours synonyme d’approbation sociale. Même si les résultats sont visibles, la méthode utilisée pour y parvenir peut susciter des critiques.
Implications pour les patients
Cette étude met en lumière un défi majeur pour les personnes utilisant des GLP-1 : comment concilier les bénéfices santé de la perte de poids avec les attentes sociales ? Les auteurs appellent à une meilleure éducation sur les causes de l’obésité et sur l’efficacité des traitements disponibles, afin de réduire les préjugés persistants.
« Il est essentiel de comprendre que la perte de poids, quelle que soit la méthode, est un parcours personnel et complexe », ajoute Erin Standen. « Le jugement des autres ne devrait pas dicter notre approche du bien-être. »