Meta déploie un outil de surveillance controversé
Meta Platforms, maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, installe un nouveau logiciel sur les ordinateurs de ses employés. Baptisé Model Capability Initiative (MCI), cet outil capture les mouvements de souris et les frappes clavier pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle. L'objectif ? Développer des agents IA capables d'automatiser des tâches professionnelles.
Un porte-parole de Meta a confirmé cette initiative à Fast Company : « Si nous concevons des agents pour aider les gens à accomplir des tâches quotidiennes sur ordinateur, nos modèles ont besoin d'exemples concrets de leur utilisation. Cela inclut les mouvements de souris, les clics et la navigation dans les menus déroulants. »
Concernant les données sensibles, Meta assure que des mesures de protection sont en place et que les informations collectées ne servent qu'à l'entraînement des modèles.
Un climat de méfiance chez les employés
Cette annonce intervient dans un contexte de licenciements massifs chez Meta. L'entreprise a déjà supprimé des centaines d'emplois cette année, et des rumeurs évoquent de nouveaux départs forcés. Ces réductions viseraient à compenser les coûts élevés de l'IA et à préparer le terrain pour des agents automatisés.
Les salariés, déjà sous pression, s'inquiètent désormais de cette surveillance intrusive. « Beaucoup d'employés ressentent une double angoisse : la peur de perdre leur emploi et celle d'être espionnés en permanence », explique un ancien cadre de Meta sous couvert d'anonymat.
Une pratique légale, mais éthiquement discutable
Aux États-Unis, la surveillance électronique des employés est légale dans la plupart des cas, mais elle se situe dans une « zone grise » juridiquement sensible. Natalie Bidnick Andreas, professeure à l'Université du Texas, précise : « Le droit fédéral offre peu de protections en matière de vie privée des employés. Aucune loi nationale n'interdit explicitement la capture des frappes clavier ou des mouvements de souris sur des appareils professionnels. »
Cependant, la situation varie selon les États : certains imposent aux employeurs d'informer leurs salariés de la surveillance électronique, tandis que d'autres lois renforcent les droits sur les données personnelles, bien que ces textes ciblent davantage les consommateurs que les employés.
Des lois dépassées face à l'ère de l'IA
Dario Maestro, directeur juridique du Surveillance Technology Oversight Project, dénonce un cadre légal « inadapté à l'ère de l'IA ». Il souligne : « Les lois actuelles, conçues pour empêcher l'écoute des appels téléphoniques, ne couvrent pas les nouvelles formes de surveillance numérique. »
En Europe, les règles sont plus strictes, avec des cadres comme le RGPD qui encadrent strictement la collecte de données. Aux États-Unis, en revanche, les employés disposent de peu de recours.
Quelles solutions pour les salariés ?
Face à cette situation, les experts recommandent aux employés de :
- Vérifier les politiques de confidentialité de leur employeur ;
- Utiliser des appareils personnels pour les activités sensibles ;
- Se renseigner sur les lois locales en matière de surveillance au travail.
Pour l'instant, Meta n'a pas précisé si cette surveillance s'étendrait au-delà des applications professionnelles. Une chose est sûre : le débat sur l'éthique de l'IA et la vie privée au travail est loin d'être clos.